Lycées : palmarès et fadaises...

mardi 29 mars 2016

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Le « marronnier » (ou « poisson d’avril » ?) du « classement des lycées » est de retour à partir du 30 mars (date de la fin de « l’embargo » sur les résultats). Cela fait presque un quart de siècle que cela dure. Pour quels effets ? En premier lieu, les fadaises simplistes des palmarès.

Pour les statisticiens et les responsables de la Direction de l’évaluation et de la prospective (dont Claude Thélot, son directeur de 1990 à 1997), la mise au point d’indicateurs entre dans une démarche globale qui a débouché en 1992 sur la publication de L’Etat de l’école et de La Géographie de l’école ; et finalement en 1994 sur la publication des « indicateurs de performance des lycées ».

La politique de diffusion des trois indicateurs de réussite calculés par la DEP (taux de réussite des candidats au baccalauréat, taux d’accès d’élèves de seconde et de première au diplôme, proportion de bacheliers parmi les sortants) avait été jusqu’alors laissée à l’appréciation des chefs d’établissements qui recevaient annuellement leurs résultats ; et il n’était nullement question de classements ou de ’’palmarès’’.

L’Express parvient, à la suite d’une fuite, à se procurer un listing informatique existant en très peu d’exemplaires. Le journal en extrait des données pour publier en mars 1993 le « classement secret du ministère » [sic !]. L’accent est de fait porté sur le taux brut de réussite au baccalauréat, et in fine à la mise en évidence des différences de taux entre les établissements publics ou privés.

Au printemps 1994, les résultats des ’’indicateurs de performance des lycées’’ sont rendus publics pour la première fois par le ministère (via la DEP). Les journaux s’emparent (à géométrie variable) des trois indicateurs. Mais ce qui domine dans l’ensemble, c’est l’indicateur brut de réussite au baccalauréat qui permet plus facilement l’établissement de ’’palmarès’’ ou de ’’classements’’, nettement plus compréhensibles et plus ’’vendeurs’’ dans un pays friand de classements et de concours, et où la rivalité public-privé est encore vive (alors même que le ’’taux brut’’ avantage les établissements privés qui ’’sélectionnent’’ plus en général que les établissements publics).

Cela intervient d’ailleurs dans le contexte d’un vif affrontement ’’public-privé’’ (le dernier du genre avec cette intensité) à propos du projet (porté par le Premier ministre Edouard Balladur et le ministre de l’Education nationale François Bayrou) d’une aide accrue aux établissements privés sous contrat en levant l’empêchement qui existait dans la loi Falloux de 1850 de financer l’immobilier des établissements privés avec de l’argent public. Par ailleurs, fort significatif de ce contexte de faire feu de tout bois alors en faveur du privé, le directeur de cabinet du ministre de l’Education nationale (François Bayrou) est Guy Bourgeois, premier président de l’association ’’Créateurs d’école » créée en mars 1999.

Cette offensive en faveur du privé commencée en 1993, échoue finalement devant la mobilisation dans la rue et la détermination du président de la République François Mitterrand. Depuis lors, les ténors de la droite se sont bien gardés d’ouvrir à nouveaux frais une ’’nouvelle guerre scolaire’’, du moins frontalement .

On le voit bien encore- au moins jusqu’alors – parmi les candidats à la ’’primaire’’ de droite ; à l’exception de celui qui arbore la mine contrite d’un enfant de choeur qui aurait bu du vin de messe à l’insu de son plein gré. « Si l’enseignement privé donne de bons résultats, nous n’avons aucune raison de vouloir nous en passer et nous devrions même desserrer les carcans qui en limitent la portée. Depuis un quart de siècle, la part des établissements privés sous contrat est limitée à 20%. Il faut se poser la question de savoir s’il convient de revenir sur cette contrainte, surtout si l’on voit naître de plus en plus, dans toutes les couches sociales, une volonté de libre choix qui n’a plus rien à voir avec l’élitisme ni avec les vieux ressorts religieux de la ’’guerre scolaire’’. Je n’ai pas sur ce point de doctrine établie. Je soumets cette question à une réflexion qui prendra le temps qu’il faudra » (François Fillon, dans son livre-programme « Faire », page 158).

Toujours est-il que les fadaises (plus ou moins ’’innocentes’’) des ’’palmarès’’ (à géométrie variable, certes, selon les journaux) survivent depuis près d’un quart de siècle en dépit des mises en garde du ministère de l’Education nationale lors de la remise annuelle des résultats.

1) Site du ministère de l’Education nationale (mars 2016) : « Il ne s’agit pas de réaliser un classement des lycées, mais de proposer une image de la réalité complexe et relative que constituent les résultats d’un établissement. L’objectif des indicateurs de résultats des lycées est double : rendre compte des résultats du service public national d’éducation en diffusant au grand public des éléments d’appréciation de l’action propre de chaque lycée et fournir aux responsables et aux enseignants des lycées des éléments de réflexion pour les aider à améliorer l’efficacité de leurs actions »

2) Conférence de presse du 14 avril 2010 :« Le but de cette conférence de presse est d’éviter les palmarès, c’est un appel à l’intelligence. Les palmarès, souvent, pêchent par simplisme, et pas seulement dans le domaine scolaire », a renchéri Jean-Michel Blanquer, directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco). "Le but est d’analyser la valeur ajoutée d’un lycée, plutôt que ce qui saute aux yeux, le taux de réussite au bac.

Claude Lelièvre
Historien de l’Education
Blog Mediapart



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