Péril jeune, explosion du chômage ? Pour une vraie politique au profit des jeunes

jeudi 29 avril 2010

L’OCDE produit une étude sur l’explosion du chômage des jeunes dans les pays développés (particulièrement en Europe et plus encore en France !), qu’ils soient diplômés ou pas !

Dans le même temps, un sondage organisé par l’Afev (Association de la Fondation étudiante pour la Ville) pour son Observatoire de la Jeunesse solidaire, montre la défiance d’une partie importante de la société française à l’égard de ses jeunes.

On peut d’ailleurs s’interroger sur le rôle du pouvoir actuel dans cette perception, lui qui organise la mise en scène d’une jeunesse forcément délictueuse et menaçante, rente de situation électorale pour l’équipe Sarkozy.

Ainsi, la moitié de la population (49%) en a une vision « négative ou très négative », une grosse majorité des personnes interrogées (59%) estimant ne pas avoir de valeurs communes avec eux. Les jeunes sont jugés passifs par 62% des sondés. Et 56% les considèrent comme irresponsables. Même si les malheureux sont cependant crédités de lucidité et de réalisme (58%), de créativité (61%) et, pour près des deux tiers, de « faculté d’adaptation ».

Le système éducatif est bien sûr interrogé par ce type de questionnement.

Un certain nombre de propositions de l’AFEP rejoignent nos préoccupations : versement direct des aides aux jeunes, prise en charge par la solidarité nationale (au lieu de familiale) de la protection sociale des moins de 25 ans...

Le pouvoir est non seulement inactif pour soutenir les jeunes, premières victimes de la « crise », mais semble au contraire profiter de la situation pour favoriser une montée des statuts précaires et, par la dramatisation, pour imposer un abaissement du système de protection sociale (sur le dossier des retraites c’est flagrant !).

Le SUNDEP et SOLIDAIRES revendiquent la création d’un revenu socialisé d’étude d’un montant au moins égal au SMIC pour tous les jeunes en formation, et un vrai programme d’insertion pour tous les jeunes avec l’arrêt de la précarisation généralisée.

Cela passe dans l’éducation par la redéploiement de l’embauche sur concours et le retour à la formation rémunérée pendant un an, et à un vrai plan de titularisation de tous les suppléants et délégués auxiliaires.

 Interview par l’AFEV de Cécile Van de Velde, spécialiste en sociologie comparée de la jeunesse, des âges et des générations en Europe

AFEV : près d’un Français sur deux (49%) dit avoir un regard négatif sur la jeunesse. Quelle est votre réaction ?

JCécile Van de Velde :je trouve frappant qu’une personne sur deux affirme spontanément avoir un regard négatif sur la jeunesse.

Et ce, même si la perception de la jeunesse est toujours plus négative en cas de crise : les jeunes font d’autant plus peur quand le changement social semble menaçant. Ils deviennent pour les autres catégories de la population une « classe dangereuse »,
d’ailleurs souvent associée aux jeunes immigrés.

Le regard est d’ailleurs particulièrement négatif dans les tranches d’âge immédiatement supérieures aux jeunes (à partir de 35 ans), avec des logiques de concurrence entre les générations, notamment dans l’emploi. Alors que les personnes plus âgées (plus de 55 ans) ont paradoxalement un regard plus positif : certains de ces individus sont grands-parents, d’autres se sentent moins menacés dans l’entreprise car proches de la retraite…

On a vu cette liaison entre jeunes et personnes plus âgées de façon évidente au moment du CPE, où aux côtés des jeunes manifestants se trouvaient beaucoup de retraités !

AFEV : certains résultats du sondage semblent indiquer une méfiance des Français vis-à-vis des jeunes en société, d’autres au contraire une envie de partager des expériences communes. Qu’en conclure ?

Cécile Van de Velde : effectivement, les sondés laissent transparaître à la fois une peur sociale des jeunes et un regard positif sur les échanges humains et concrets qu’ils ont avec eux. Du côté négatif, l’image qui ressort du sondage est celle d’une jeunesse passive. Sur l’investissement social ainsi que sur la capacité à se prendre en main, le doute est marqué.

Ce qui n’est pas surprenant quand on sait qu’en France, le regard sur les jeunes est essentiellement vertical : à l’école, prime l’autorité du professeur ; dans la famille, il revient aux parents de gérer les aides sociales, même quand le jeune devient majeur.

Bref, notre société a une tendance globale à mettre sous tutelle la jeunesse. Cette image négative apparaît donc comme une injonction paradoxale : on dit aux jeunes d’être actifs mais sans tenir compte qu’ils n’ont pas la possibilité réelle d’accéder à cette autonomie.

Nous vivons dans un pays qui aime à catégoriser et regrouper les populations en fonction de leur seul âge, et les individus ont du coup une aspiration à recréer du lien
inter-générationnel. C’est visible dans le sondage, où l’envie de transmettre aux jeunes des savoirs ou des expériences est réelle !

AFEV : trois quarts des sondés disent préférer une aide directe de l’Etat aux jeunes adultes, plutôt qu’à leurs familles via les allocations familiales notamment. Comment l’interprétez-vous ?

Cécile Van de Velde : ce chiffre révèle un consensus très large pour des aides directes, pas seulement parmi les jeunes mais également dans l’ensemble de la population, et particulièrement parmi les sondés de milieux socioculturels plus fragiles. Le sentiment de vulnérabilité qui touche de nombreuses familles en cette période de crise peut accentuer l’envie de se tourner vers l’Etat.
Mais ces aspirations sont aujourd’hui bloquées par le poids, dans le processus décisionnel, de certaines associations familialistes.

AFEV : dans vos travaux vous insistez d’ailleurs sur les effets pervers du modèle français de soutien aux jeunes, qui passe par les familles (allocations familiales) et explique que de nombreux dispositifs sociaux ne débutent qu’à 25 ans (RSA). La conséquence, c’est que les jeunes restent très dépendants du soutien de leur famille, et donc de leurs origines sociales. Comment sortir de cette impasse ?

Cécile Van de Velde : dans la situation présente, et face aux effets de la crise, nous gagnerions à ne pas miser exclusivement sur une solidarité familiale qui accentue les inégalités, et à offrir suffisamment de moyens pour que les catégories populaires ne soient pas durablement vulnérabilisées.

Importer l’idée sociale-démocrate ou libérale de ne pas prendre en compte les revenus parentaux dans l’octroi des aides à partir de la majorité me semble intéressant dans le cas français. Cela peut créer certes d’autres inégalités à court terme, mais à moyen terme, cela influera sur les mœurs et créera non seulement une responsabilisation des jeunes, mais un véritable geste d’accès à la citoyenneté.

Dans le débat qui émerge aujourd’hui en France sur une allocation d’autonomie, il me semble important de ne pas se limiter aux étudiants du supérieur ni de réduire la politique jeunesse à cette seule aide étudiante. On prend sinon le risque que cette politique n’ait aucune conséquence sur les jeunes en plus grande vulnérabilité (échec scolaire, précarité).

AFEV : si l’on ne tient plus compte des revenus des parents, sur quoi pourrait-on se baser pour aider les jeunes adultes à acquérir leur autonomie ?

Cécile Van de Velde : je suis partisane d’éliminer tout seuil d’âge, et d’ouvrir tous les droits adultes dès 18 ans. Donc de penser le financement des études - que ce soit par le prêt, le travail étudiant ou l’aide directe -, sans limite d’âge.

Cela permettrait aussi de faciliter le retour aux études des adultes et d’adapter notre système à des parcours plus incertains et mobiles. Les personnes de 40 ans ne vont pas demander à leurs parents de les aider financièrement pour un retour aux études !

Inversement, il me semble important d’ouvrir parallèlement la protection sociale aux plus jeunes. Aujourd’hui, ce seuil de 18 à 25 ans où la famille assure la protection sociale des jeunes, crée des inégalités sociales encore plus fortes : les jeunes qui peuvent bénéficier de la solidarité familiale sont plus favorisés. Comme le temps des études s’allonge, ceux qui sont aidés par leurs parents peuvent étudier plus facilement et donc, avec la spécificité française du primat du diplôme, mieux s’insérer professionnellement et socialement.

Cela impliquerait aussi de revaloriser le « job étudiant », encore trop vu comme un frein aux études. Il me paraît opportun de favoriser tout ce qui « casse » la centralité des études initiales en France, que ce soit par la possibilité des études tout au long de la vie, ou par la valorisation de l’emploi étudiant ou de l’engagement bénévole. Cela implique un changement de pensée majeur. Y compris concernant l’emploi : les employeurs ne doivent plus voir les jeunes comme des travailleurs à moindre coût à qui ils rendent le service d’offrir un poste, mais comme des salariés tout simplement plus jeunes…

Le sondage et des commentaires

 Chômage des jeunes : l’OCDE craint l’émergence d’« une génération sacrifiée »

Vulnérables avant la crise, premières victimes de celle-ci, les jeunes vont voir leur situation se détériorer pendant plusieurs années encore, selon un document de travail que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a rendu public mercredi 14 avril.

Dans tous les pays, le chômage des jeunes a fortement augmenté, rendant la situation potentiellement explosive. « Le scénario va au-delà des prévisions pourtant pessimistes », s’alarme Stefano Scarpetta, l’un des auteurs du document et chef de la division de l’analyse et des politiques de l’emploi de l’OCDE.

« Quatre millions de jeunes ont rejoint le rang des chômeurs pendant la crise », indique l’OCDE, qui constate que le taux pour cette tranche d’âge atteint 18,8 % fin 2009, contre 8,6 % pour l’ensemble de la population, fin février 2010. Le chômage des jeunes a ainsi progressé de 5,9 points durant les deux dernières années dans les pays de l’OCDE, contre seulement 2,5 points globalement.

Et la situation ne devrait pas s’améliorer pour les 15-24 ans. « Dans les pays de l’OCDE au début des années 2010, les taux de chômage des jeunes seront partout supérieurs aux niveaux d’avant la crise », écrivent les auteurs du document. Ainsi le nombre de jeunes chômeurs aura triplé en Irlande et doublé en Espagne. « Même les pays performants comme le Danemark et les Pays-Bas devraient connaître en 2010 une augmentation significative de ce taux, avant qu’il ne se stabilise à deux chiffres, autour de 10 % ou 11 % en 2011 », ajoute le rapport. Ce taux devrait atteindre 20,5 % pour les pays de l’OCDE en 2010, 24 % pour les seuls pays de l’Union européenne.

Parmi les jeunes, les plus exposés sont ceux qui disposent d’un moindre niveau de formation et qui étaient employés dans des contrats courts et flexibles, l’intérim, les contrats à durée déterminée (CDD). Pour ceux qui n’ont pas acquis un savoir de base, « l’échec sur le marché du travail est souvent difficile à rattraper et peut les exposer à une stigmatisation de longue durée », analyse l’OCDE. Le risque d’explosion devient alors important. « On a vu, dans les crises précédentes, que quand les jeunes, déjà en difficulté, perdent encore plus espoir, des conduites déviantes au coût élevé, socialement et économiquement, sont à craindre », explique Stefano Scarpetta.

Ces jeunes, le groupe « des laissés pour compte » comme les nomme l’OCDE, ne sont pas les seules victimes. La crise a amplifié aussi les difficultés pour les jeunes diplômés, qui rejoignent le groupe des « débutants en mal d’insertion ». Ces derniers, en panne d’emploi, sont restés plus longtemps en formation. Ils ont refusé, autant qu’ils le pouvaient, des emplois pour lesquels ils étaient surqualifiés. Selon l’OCDE, cet éloignement du marché du travail risque de les pénaliser. « Les employeurs pourraient être tentés d’embaucher des jeunes fraîchement diplômés à la place de diplômés pris au piège du chômage ou de l’inactivité depuis longtemps lorsque la reprise de l’économie s’amorcera », anticipe M. Scarpetta. Le Japon a connu ce phénomène au début des années 2000, après dix années de crise, rappelle Stefano Scarpetta.

Au total, « ce sont 30 % à 40 % des sortants de l’école qui risquent de connaître des difficultés durables dans leur accès à des emplois pérennes », indique le rapport. Pour empêcher que ces jeunes ne deviennent une « génération sacrifiée », l’OCDE fait une série de recommandations. Celles-ci devraient être présentées par le secrétaire général, Angel Gurria, lors du G20 consacré à l’emploi qui réunira les ministres du travail à Washington, les 20 et 21 avril.

L’OCDE plaide pour que les jeunes aient accès aux allocations chômage ou à un revenu, en échange de programmes actifs de formation et d’un contact régulier avec les services publics de l’emploi. Ce dispositif est préconisé par l’Organisation afin qu’« ils ne décrochent pas ».

Elle propose aussi un recours intensif à l’apprentissage, comme en Allemagne, avec un soutien de la part des gouvernements et une politique en direction des jeunes les moins formés, qui sont moins susceptibles d’être pris en apprentissage. Selon M. Scarpetta, « celui-ci est plus à même de déboucher sur un emploi, alors qu’une simple formation sans embauche à la clé peut accentuer le découragement ».

Rémi Barroux, Le Monde


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