Enseignants : des fins de carrière difficiles. Est-ce normal ?

vendredi 19 mars 2010

« Comment tenir jusqu’à la retraite ? » C’est une question qui ne se pose pas dans la plupart des métiers. Mais elle hante les salles des profs. Et elle prend souvent des proportions dramatiques.

Pourquoi l’usure au travail est-elle si forte chez les enseignants ?
Peut-on y remédier ?

... Où comment un certain discours politique, tenu par des « responsables » étrangers au travail et/ou relevant de la seule idéologie, peut discréditer un travail de terrain forcément délicat.

Pour aborder ces questions, il est indispensable de lire le rapport de Dominique Cau-Bareille (Créapt-CEE) qui vient d’être publié en ligne (lien ci-dessous).

Au terme d’entretiens elle a analysé très librement ce qui génère le sentiment de lassitude et les problèmes de santé des enseignants en fin de parcours.

Un travail qui complète les nombreux travaux sur le mal-être des enseignants, une situation déjà reconnue officiellement.

Plus que les élèves ce qui fatigue les profs ce sont... les ministres !

Dominique Cau-Bareille a interrogé les enseignants de maternelle, d’école élémentaire, du collège et du lycée. Le premier facteur de fatigue, à chaque niveau, c’est le sentiment d’être empêché de faire correctement son métier par le cadre institutionnel.

Ainsi les enseignantes de maternelle sont fatiguées par les postures qu’impose le travail avec des petits, par la fatigue nerveuse générée par le contact avec les enfants et les parents, mais aussi par l’évolution institutionnelle du métier.

"Loin de valoriser leur savoir-faire, les changements qui affectent les maternelles (au niveau de l‘écriture, de la pré-lecture, introduction des sciences, de l’histoire en grande section, de la prévention routière par exemple) et les nouveaux modes d’évaluation de leur propre travail touchent le cœur du métier (mise en place des évaluations, fiches de préparations des séances), les fondamentaux de leur travail, leur autonomie.
« Actuellement, on nous demande de singer l’élémentaire », disent certaines enseignantes.

Le rapport mentionne aussi « les propos (abondamment commentés) du ministre de l’Éducation sur les maternelles (5 ans d’étude pour changer des couches...), qui ont provoqué l’inquiétude des enseignantes rencontrées, et chez certaines une profonde amertume ».

Les fins de carrière "apparaissent ainsi de plus en plus entachées de rancœur et de difficultés à faire valoir leurs façons d’enseigner face à une institution dans laquelle elles ne se reconnaissent plus autant qu’avant.
Au lieu d’y trouver un soutien, elles en soulignent les astreintes et frustrations, sentiments qui font partie des arguments pour envisager des départs précoces".

Adapté à des situations différentes, c’est ce même désamour, ces mêmes frustrations qui sont ressentis à tous les niveaux.

Ainsi au collège, outre la charge de travail des préparations pour lutter contre la passivité des élèves, les enseignants se plaignent de ne plus pouvoir faire leur métier.

"Le sentiment que les orientations définies par les ministères privilégient l’abord d’un certain nombre de connaissances au détriment de leur approfondissement. Ceci génère une impression globale de faire du « saupoudrage » de connaissances plutôt qu’un travail de fond sur des notions fondamentales, permettant d’acquérir des méthodes de travail et de réflexion.

Pour certains enseignants expérimentés, cela implique aussi un renoncement à des valeurs de métier« . Or, »quand un enseignant se sent constamment inefficace, qu’il a le sentiment de tout échouer et de n’avoir aucun pouvoir, il en arrive à manquer d’initiative et à subir du stress".

Redonner du sens pour améliorer la santé. Aussi améliorer la santé des enseignants a-t-il des aspects institutionnels.

Pour D. Cau-Bareille, « la qualité est au cœur des délibérations de fin de carrière ». Inspecteurs et chefs d’établissement peuvent déjà beaucoup, dans l’aménagement du temps de travail et sur le registre de la reconnaissance, du partage de la formation et du soutien.

Mais l’institution a aussi ses responsabilités. Dans la façon dont les programmes ont été imposés contre l’avis majoritaire (par exemple au primaire).

Et aussi dans son refus ou son incapacité d’aménager les fins de carrière. D. Cau-Bareille appelle en conclusion à recueillir les expériences des enseignants en fin de carrière car c’est eux qui ont les réponses au mal-être.
Cela même leur sera-t-il accordé ?

Source Le Café pédagogique

Le rapport "Vécu du travail et santé des enseignants en fin de carrière


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