Encore un rapport (Papon) qui veut en finir avec l’école maternelle !

mercredi 5 novembre 2008

L’école maternelle française, pourtant considérée comme une des plus avancées du monde, est la cible depuis 2002 de chercheurs et responsables politiques réactionnaires.

Xavier Darcos lui-même, en tant que ministre du gouvernement Raffarin, estimait dès 2003 que la charge de l’éducation des enfants de cet âge ne pouvait relever que de la famille. François Fillon en 2004, le rapport Bentolila récemment ont repris les mêmes préjugés.
Au mépris de toutes les études qui montrent au contraire le rôle majeur joué par l’école maternelle pour la maîtrise des pré-requis à l’école élémentaire (notamment pour les enfants qui, dans leur famille sont les plus éloignés des activités langagières), mais aussi en matière de socialisation ...

A ce propos, on peut lire l’analyse de Philippe Meirieu, en lien à la fin de l’article.

Un des non-dits de ce débat est bien sûr l’aspect financier : un responsable a bien lâché qu’il n’était pas nécessaire d’avoir un bac plus quatre (ou cinq bientôt) pour encadrer des enfants de cet âge ...
Et l’action du gouvernement vise au transfert du budget des maternelles sur les finances locales, d’où l’idée de « jardins d’éveil ».

Un rapport de deux sénateurs UMP, après celui d’une députée UMP, prépare le terrain pour un désinvestissement plus large ...

A noter que l’enseignement privé s’inscrit sans scrupules dans cette logique : des « crêches » sont déjà ouvertes (ou sont en projet) dans des écoles privées, et les responsables de l’enseignement catholique demandent des financements par des « dons » ... ou plus sûrement par des subventions des collectivités locales, des CAF, hors de tout contrat d’enseignement et donc d’obligations pédagogiques.

Bien sûr, les personnels y sont hors statut, déqualifiés et sous-payés.

 Le rapport sénatorial « Papon », totalement à charge contre la maternelle

« L’école n’a pas vocation à accueillir les enfants de 2 ans. Elle doit être une école à part entière ». C’est par cette affirmation que Monique Papon et Pierre Martin, sénateurs UMP, ont commencé la présentation de leur rapport sur l’accueil des enfants de 2 à 3 ans.

Le rapport Papon est une copie du rapport Tabarot. Il aurait dû sortir au même moment que celui-ci et il en reprend les propositions sans réussir à atteindre son niveau d’argumentation.

Pour M. Papon et P. Martin, comme pour Michèle Tabarot, il faut fermer les écoles maternelles aux enfants de moins de trois ans et ouvrir des « jardins d’éveil » où ne seraient accueillis que les 2-3 ans, qui s’abriteraient dans les locaux des écoles maternelles et qui auraient un taux d’encadrement identique à celui des écoles maternelles (1 adulte pour 15 enfants), mais qui ne seraient pas gratuits. Autrement dit, un ersatz d’école maternelle payant et sans instits.

Les arguments avancés par Monique Papon et Pierre Martin sont-ils convaincants ? Ils estiment qu’un enfant de 2 ans est très différent d’un autre de 3 ans et que les enseignants de maternelle ne sont pas assez formés pour les accueillir.

Ils s’appuient sur le rapport Bentolila pour qui « scolariser très tôt c’est renforcer le ghetto ». Ils rappellent aussi que la scolarisation à deux ans recule et qu’elle est inégale d’une région à l’autre, situation qui ne reflète pas, comme ils ont essayé de le faire croire, une réduction de la demande, mais des suppressions de postes imposées par le ministère, les classes de petite section étant devenues une variable d’ajustement pour les inspecteurs d’académie.

Pour conclure, les rapporteurs déclarent qu’au bout de 4 ans d’école maternelle « les enfants n’en peuvent plus, ils sont usés »… Il semble pourtant que 100% continuent leurs études…

Est-ce parce que la scolarisation précoce profite aux défavorisés et aux étrangers que la majorité veut la supprimer ? Car ils sont bien obligés de reconnaître l’impact positif de la scolarisation à deux ans, démontré sur les évaluations de l’école primaire et sur le taux de redoublement. 82% des enfants arrivent à l’heure en 6e quand ils sont scolarisés à 3 ans, 86% à 2 ans.

Il est particulièrement positif pour les enfants étrangers ou de milieu défavorisé. Aux évaluations de CP, 44% de ces enfants scolarisés à 2 ans atteignent la médiane contre 34% pour la scolarisation à 3 ans. Interrogés sur le fait que ce sont justement ces familles qui ne pourront pas payer le jardin d’éveil, les rapporteurs ne trouvent comme argument que l’inégalité actuelle de la répartition de l’accès à l’école à deux ans…

Vers un examen d’entrée à l’école maternelle ? Fermer l’école de 2 à 3 ans c’est aussi redessiner l’école maternelle. Pour les rapporteurs, l’école de 3 à 6 ans doit être « une école à part entière », certainement celle de la transmission. Du coup ils envisagent « qu’une commission étudie les passages du jardin d’éveil vers l’école maternelle ». Le mot « examen » est repoussé mais tous les enfants n’auront pas le droit à intégrer la petite section !

Présent lors de la conférence de presse, Yannick Bodin, sénateur socialiste, a condamné le rapport. Il estime que l’entrée à l’école ne relève pas de l’état-civil mais de la maturité personnelle de chaque enfant. Il est important que les enfants gardent le droit d’entrer à deux ans s’ils en sont capables. Il craint l’aggravation des inégalités sur le territoire et des conditions de vie des familles modestes si les écoles ferment sur cette tranche d’âge.

Pour Hélène Le Crom, de la Fcpe, le rapport est « difficile à accepter quand il s’agit de sortir de l’école les 2-3 ans sans projet défini, à la différence de l’école maternelle, sans accès pour tous les enfants au jardin d’éveil, alors que l’école est gratuite ».

D’après le Café pédagogique

Le rapport Papon - Martin

 Déjà, le rapport de la députée UMP Tabarot ...

Le rapport « sur le développement de l’offre d’accueil de la petite enfance » a été remis par la députée UMP Michèle Tabarot au premier ministre.

« A l’heure où les travaux internationaux sur l’éveil et l’éducation des jeunes enfants montrent que le développement des structures qui associent garde et éducation est une nécessité, car il permet de lutter contre l’exclusion et d’enrichir la formation de capital humain dès le plus jeune âge, il me semble nécessaire de maintenir la possibilité pour les enfants âgés de deux ans d’entrer à l’école maternelle, si tel est leur intérêt, en fonction de leur capacités et si des places sont disponibles ».

"Nécessaire de maintenir
- si tel est leur intérêt et en fonction de leur capacité
- si des places sont disponibles ..."

Avec une intro semblable, on voit bien le propos : on ne peut pas - encore ? - prôner la fin d’un dispositif apprécié, mais en fixant des limites à la fois floues et très restrictives, l’objectif est d’amoindrir progressivement les effectifs scolarisés.

La maternelle face aux autres modes d’accueil

« Le développement de tout autre mode d’accueil du jeune enfant, compte tenu des normes d’encadrement sera plus coûteux pour les finances publiques que le maintien de l’accueil à l’école maternelle » : l’école maternelle « coûte » 791 millions mais est le plus économique mode de garde avec une dépense de 4 660 euros par an par enfant, à comparer aux 25 488 euros d’une garde à domicile (dont plus de la moitié sont pris en charge par l’Etat et la CNAF).

Au total l’école maternelle ne représente que 5% des dépenses de l’Etat, des collectivités locales et de la sécurité sociale pour l’accueil du jeune enfant.

Par contre, relève M. Tabarot, « la scolarisation précoce ne convient pas à tous les enfants de moins de 3 ans et ne peut être développée dans les écoles que lorsque les conditions d’accueil, les locaux, l’encadrement, la pédagogie sont adaptés ».

Que veulent dire ces limites ?
- les écoles sont construites d’après des normes standart
- les personnels y sont formés, leur pédagogie reconnue ...

« Si l’école propose davantage d’activités pédagogiques (graphisme, les activités logiques, le langage, les explications, les repères spatio-temporels), elle sait moins bien gérer les temps d’attente » et les enfants s’y ennuient.

« Elle n’est pas une panacée pour les parents actifs » estime M. Tabarot qui signale que les parents doivent dans ce cas l’accompagner d’autres modes de garde, par exemple le mercredi.

« La scolarisation des enfants âgés de deux ans est un mode de garde qui, en ce qui concerne l’organisation, n’a pas les mêmes caractéristiques que les modes de garde habituels : nombre de jours dans la semaine, nombre de semaines (36, soit 140 jours) largement inférieur à la moyenne des modes d’accueil (224 jours en moyenne), taux d’encadrement sans commune mesure avec la crèche au même âge, fermeture à 17h. »

Enfin, « les taux d’absence des enfants scolarisés à 2 ans varient de 30% le matin à 70% l’après midi, allant jusqu’à 90 % le samedi matin. Seuls 14% des enfants sont présents toute la journée ».

Voilà le cœur du propos : L’école maternelle est, pour l’auteure, inadaptée à la vie des parents et des entreprises. L’angle éducatif, de lutte contre l’échec scolaire lui importe peu. L’école est jugée à l’aune du seul service aux parents et pour sa participation à l’« alimentation du moteur de la croissance ».

La part de la maternelle a déjà régressé

Le rapport note le déclin de la scolarisation à deux ans. De 2000 à 2007 le taux de scolarisation à 2 ans est passé de 35% à 20% des enfants (- 8% l’année dernière).

Et pour cause vu les actions menées par les gouvernements depuis 2002 !
Les moins de trois ans ne sont par exemple plus décomptés dans les effectifs des écoles, donc y sont scolarisés sans aucune prise en charge financière par l’État.
Et ce sont les ZEP qui sont les moins bien couvertes alors que l’on connaît les effets bénéfiques de la maternelle pour les enfants de milieu défavorisé.

Vers une « école maternelle sans maîtres » ?

"Je propose de développer sur l’ensemble du territoire l’offre de garde destinée prioritairement aux enfants âgés de 2 à 3 ans, en créant des jardins d’éveil dans les structures existantes et les écoles maternelles…

Le jardin d’éveil aura pour principale mission de préparer leur pré-scolarisation à l’école maternelle. Outre la stimulation des capacités linguistiques, les jardins d’éveil faciliteront la socialisation des enfants et la découverte de nouvelles expériences (mouvement, créativité, environnement, nombres, espaces, formes, etc)...

Les professionnels de la petite enfance seront chargés de le faire fonctionner. Le matin, auront lieu les activités d’apprentissage et d’éveil.

L’Education nationale sera chargée d’assurer la coordination entre enseignants de maternelle et éducateurs des jardins d’éveil quant aux objectifs et méthodes pédagogiques".

Il sera ouvert de 7 heures à 19 heures et lors des congés scolaires. Sa mise en place impose de modifier la loi sur les taux d’encadrement puisque le taux prévu par M. Tabarot est de 12 enfants par adulte, c’est-à-dire sensiblement le même qu’à l’école maternelle (1 pour 15).

Ce sont les communes qui auraient à assumer la responsabilité de ce service qui serait payant, à la différence de l’école maternelle. Elle estime nécessaire la création de 300 000 à 500 000 places (ce dernier chiffre est envisagé en cas de suppression de la scolarisation à deux ans).

Donc, le beurre et l’argent du beurre : plus de financement par l’Etat, plus de maîtres avec leurs statuts trop contraignants, leurs rémunérations trop importantes ...

Le rapport contient d’autres propositions comme le développement de crèches d’entreprise et de maisons d’assistantes maternelles ou la création d’un nouveau congé parental raccourci.
Il écarte toute contrainte pour les entreprises, si ce n’est celle d’un entretien obligatoire du salarié avec le chef d’entreprise.

Alors que la tendance universelle est la scolarisation des gardes d’enfants (voir en Europe la Suède et la Norvège), le rapport tranche en sens inverse. Avec lui, l’école maternelle entre dans une nouvelle ère. Sans oser attaquer ses principes, au nom de l’intérêt de certains parents, le rapport appelle à sa disparition.

Le rapport Tabarot

L’analyse de Philippe Meirieu « École maternelle, école première »


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