Santé 6 : les troubles musculosquelettiques, un enjeu majeur

mercredi 10 septembre 2008

Première cause de maladie professionnelle reconnue en France (1), les troubles musculosquelettiques (TMS) touchent les hommes comme les femmes, les jeunes comme les plus âgés, et sont présents dans tous les secteurs d’activité.

Celui de l’éducation n’échappe pas à la règle…

 Des risques bien réels

« Les TMS s’expriment par de la douleur, de la raideur, de la maladresse, des fourmillements, une perte de force… Ils correspondent en fait à une multitude de symptômes qui les rendent, initialement, difficiles à associer à tel ou tel facteur ou à une activité en particulier », explique Agnès Aublet-Cuvelier, médecin chargé d’études sur la prévention des TMS à l’INRS (3), chercheur au laboratoire de biomécanique et d’ergonomie de Vandœuvre (Lorraine).

« Cette difficulté à déterminer l’origine du ou des troubles est d’autant plus problématique pour les enseignants qu’il n’existe pas vraiment de statistiques officielles sur les maladies professionnelles dans la fonction publique », déplore la scientifique.

"Les quelques données étrangères dont on dispose démontrent pourtant l’impact des TMS dans les métiers de l’enseignement. En 2006, 18% des départs prématurés à la retraite des professeurs écossais et 10% de ceux des enseignants irlandais étaient liés à des TMS.

Au Québec, la tendinite de l’épaule d’une enseignante qui remplissait et effaçait environ quinze tableaux par cours a été reconnue comme d’origine professionnelle".

Agnès Aublet-Cuvelier qui s’est intéressée à la prévalence (4) des TMS en milieu artistique n’hésite pas à faire le parallèle : « tout comme les musiciens, les enseignants ont un jeu en public et des mouvements répétitifs. Ils sont soumis à un stress chronique, des contraintes organisationnelles et des relations interprofessionnelles similaires ».

D’autres études menées sur les TMS développés par les agents spécialisés des écoles maternelles et les interprètes en langage visuel tendent à corroborer l’existence de facteurs de risque spécifiques dans l’enseignement.

 Le poids des facteurs psychosociaux

Les facteurs de risque de TMS des membres supérieurs combinent à la fois des facteurs environnementaux et individuels (5). Parmi les premiers, on distingue les facteurs biomécaniques (répétitivité des gestes, travail des articulations en dehors des zones de confort, travail statique…) et les facteurs psychosociaux (exigences psychologiques liées à l’emploi, latitude décisionnelle, soutien des collègues et de la hiérarchie…).

« Chez les enseignants, les sources de stress sont multiples et chroniques. Or, il existe un lien direct entre l’état de stress et la fragilisation de l’organisme. Le stress retarde le temps de cicatrisation des tissus. Il aggrave des TMS existants et peut favoriser l’émergence de nouveaux », affirme le médecin.

Les facteurs individuels (âge, genre, antécédents médicaux) ne sont pas caractéristiques de la profession. « Mais la population enseignante, elle aussi vieillissante, cumule les doses d’exposition aux facteurs de risque ».

Pour prévenir les TMS, comme pour les soigner, il faut précisément agir sur ces facteurs de risque. « Et avoir une approche collective du problème », insiste Agnès Aublet-Cuvelier.

Au-delà de la voie médicale (mise au repos de l’articulation, prise d’anti-inflammatoires, intervention chirurgicale), il est essentiel de s’intéresser à l’organisation du travail. Spatiale et temporelle. Aménagement des outils et des espaces de travail, alternance de tâches plus ou moins sollicitantes pour les articulations, gestion différente de la charge de travail, renforcement du collectif de travail…

Et la spécialiste de conclure : « les TMS ne sont pas des petits bobos. Certains sont irréversibles et invalidants. Dans les entreprises, il faut parfois attendre que des épidémies de TMS se déclarent pour réagir. La prévention doit pourtant se situer le plus en amont possible ».

À la fonction publique de pouvoir, elle aussi, reconnaître les signaux d’alertes.

Marie-Laure Maisonneuve, VousNousIls

(1) Près de 30.000 cas ont été déclarés en 2006, soit les 2/3 du nombre total des pathologies professionnelles enregistrées sur l’année. Elles ont progressé d’environ 20% par an au cours de ces dix dernières années.
(2) Enquête santé du SNES sur les conditions de travail des enseignants du second degré.
(3) Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et de maladies professionnelles.
(4) Prévalence : nombre de personnes atteintes d’une certaine maladie à un moment donné dans une population donnée.
(5) Voir le dossier réalisé par l’INRS


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