Le rapport Guesnerie sur l’enseignement des SES : une révision idéologique

samedi 5 juillet 2008

La commission Guesnerie a remis son rapport sur l’enseignement des sciences économiques et sociales à Xavier Darcos le 3 juillet. Créée pour répondre aux accusations portées par des groupes conservateurs, la commission est allée très loin dans les préconisations, jusqu’à redéfinir les contenus à enseigner.

Pourtant le rapport dresse un tableau positif de la filière ES : les effectifs augmentent et les bacheliers ES réussissent en université ; ils ont même un taux de succès en licence supérieur aux bacheliers S. Ce qui pousse la commission à préconiser la généralisation des SES en seconde, là où cette discipline n’est qu’une option actuellement.

Mais c’est pour mieux revoir les contenus. Ainsi l’enseignement est jugé trop critique envers les entreprises … Il est aussi trop vaste. La commission demande le recentrage des SES sur les « fondamentaux ».

Enfin, la commission n’hésite pas à critiquer les manuels accusés de véhiculer des caricatures.

Vaste opération idéologique pour satisfaire le patronat, c’est aussi l’application à cet enseignement de la vision du pouvoir en matière d’éducation : accumuler des techniques et ne plus développer d’analyse, si ce n’est ici une « sociologie du bonheur » qui annihile tout esprit critique.

Edito du

Café pédagogique

C’est un fait sans précédent. C’est à une véritable révision de l’enseignement des SES que s’est livrée la commission Guesnerie, préconisant une modification profonde des thèmes enseignés, des méthodes et des manuels.

Si des abus ont pu exister dans cet enseignement, si l’entreprise n’y a peut-être pas eu la place qu’elle mérite, il n’en reste pas moins que ce rapport est particulièrement inquiétant car il amène le balancier beaucoup trop loin.

Il appelle à une réorientation idéologique des SES. « Les programmes de SES au lycée » écrit la commission, donnent l’impression qu’un enseignement de « problèmes politiques, économiques et sociaux contemporains » est dispensé aux élèves, plutôt qu’un enseignement de sciences sociales visant à leur faire acquérir les fondamentaux de l’économie et de la sociologie".

Ce qui est insupportable pour la commission, c’est que l’enseignement des SES puise aboutir à une critique sociale.

« Les chapitres sociologiques du programme prêtent le flanc à deux tentations regrettables. La première est de donner à croire que l’objectif majeur ou unique de l’analyse est d’ordre critique et démystificateur… La seconde tentation est de se centrer beaucoup trop sur les problèmes sociaux contemporains (nouvelles pauvretés, renouveau et aggravation des inégalités scolaires, etc.) ».

La commission invite à imposer dans les manuels une sociologie « positive ». « A propos de la famille, sont évoquées principalement des ruptures et les inégalités homme-femme ; à propos de l’emploi, on tend à parler surtout chômage et précarité ; à propos de l’entreprise, à mettre l’accent sur les conflits, les mauvaises conditions de travail et les bas salaires ; à propos des revenus et de la redistribution, à évoquer surtout les inégalités – en donnant peu d’informations sur ce qui les explique et éventuellement les justifie » écrit la commission Guesnerie.

Quelle est cette « sociologie du bonheur » revendiquée par la commission ? Rien ne peut justifier de rayer la culture sociologique au prétexte qu’elle entretient « la sinistrose » ! Si l’on veut que les jeunes comprennent la société dans laquelle ils vivent il faut évidemment qu’ils puissent prendre la mesure de ses inégalités.

Le dernier apport du rapport Guesnerie c’est de nous faire comprendre le rôle social de l’appel aux fondamentaux. « L’accent doit être mis sur l’apprentissage des fondamentaux de chaque discipline… et sur la compréhension de certains mécanismes simples » écrit la commission.

« Les théories peuvent être appréhendées dans un premier temps comme des »boîtes à outils« plutôt que des visions constituées… Ce n’est que dans un second temps que peuvent être abordées les éventuelles controverses entre différentes théories ».

L’accent mis sur les fondamentaux, permet de découpler l’enseignement des SES de l’étude des théories et des problématiques de la société. C’est une façon de remplacer le débat par l’empilement de connaissances brutes et dégagées de tout concept.

On distingue mieux ce que signifie l’obsession des fondamentaux. Il y a là une leçon à retenir.

Le rapport


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