Réforme du lycée repoussée : les hésitations de Darcos face aux contestations

lundi 15 décembre 2008

Darcos a finalement décidé ce lundi 15 décembre de repousser la réforme de la classe de seconde face à la grogne croissante dans les lycées, une décision qualifiée de « succès » par les syndicats et les lycéens qui maintiennent la mobilisation de jeudi.

Prévue pour la rentrée 2009, la réforme de la seconde est reportée à une date non précisée, pour permettre de « prolonger les discussions » lors « d’une large concertation avec les représentants des enseignants, des lycéens et des familles ».

De la part d’un ministre qui pratique volontiers le passage en force et la fausse concertation, ce retrait en rase campagne est bon signe pour les autres dossiers !
Il est sans nul doute lié aux manifs, blocages de lycées, « réveillons » annoncés un peu partout, jusque là surtout dans l’ouest, le sud, l’est et peu en Ile de France.

La conduite de cette réforme (et des autres !) a été aberrante de bout en bout :
- elle était d’abord asservie à l’obligation de diminution forte des moyens : un audit chiffrait la « baisse nécessaire » à 20% ;

- elle a été conduite par un groupe très restreint de personnes (le cabinet du ministre plus l’équipe réunie autour de Gaudemar (recteur de Marseille « pilote » du projet). Ceux-ci ont privilégié la com sur toute autre considération, inscrivant cette réforme dans une logique marketing : des options pour le libre choix, un peu d’« accompagnement » pour faire croire à une attention aux élèves en difficulté ;

- aucune consultation sérieuse n’a été menée jusqu’ici, spécialistes du système éducatif, inspecteurs et bien sûr enseignants ont été ignorés, ces derniers auraient pourtant dû mettre en œuvre cette réforme !
Ainsi, les syndicats signataires des « Points de convergence » (FSU, CGT, SGEN-CFDT, UNSA, SNALC et FAEN), dont certains (CGT et FSU) sont partis depuis en dénonçant la seule volonté de suppression de moyens, n’ont pas réellement voix au chapitre.
D’autres syndicats (dont Solidaires, qui compte Sud Education et le SUNDEP) avaient déjà refusé cette parodie de concertation ...
Les derniers présents représentaient environ 30% seulement des enseignants.

Les mécaniques de cette réforme étaient :
- la réduction du nombre de filières (dont la remise en cause des bacs technologiques, réduits à des modules de 3 heures sans cohérence entre eux) et les regroupements d’élèves qui devaient aboutir à la disparition de nombre d’heures (et de postes) et à l’alourdissement des effectifs par groupes.
- la logique de marché s’imposait avec les modules, avec des conséquences sur les conditions de travail des enseignants : l’inscription ou non d’élèves qui pouvait conduire à l’annualisation du temps de travail et au développement de la polyvalence.
- des matières uniquement présentes dans les modules risquaient d’être sacrifiées : les enseignements artistiques, les langues anciennes, les langues vivantes 3 mais aussi la voie technologique, plus coûteuse ...
- cette conception modulaire allait aggraver les inégalités, entre les élèves qui auraient choisi les bons modules garants d’une poursuite d’étude efficace, et tous les autres qui auraient empilé des modules sans cohérence (ou qui n’auraient pas eu accès à certains, absents de leur établissement).

Pour la suite (s’il y en a une !), sont présentées ci-dessous les « maquettes » telles qu’elles étaient « stabilisées » au 14 décembre.

 LA SECONDE À LA RENTRÉE 2009

- 1 134 h de cours en deux semestres de 18 semaines, les deux semestres étant séparés par une semaine de bilan et d’orientation,
- 4 conseils par an (au lieu de 3), 2 conseils de mi-semestre, pour faire avec les élèves un point sur leurs difficultés, et 2 conseils de fin de semestre, notamment sur l’orientation (détermineront-ils le choix des modules du 2nd semestre ?),
- L’enseignement général : le ministre ne parle plus de modules dans cette partie, mais seulement d’un bloc de 22 h 30 hebdomadaires. Le découpage en deux semestres amène quand même à l’idée de validation en cours d’année, sous quelle forme ?
- Exploration et approfondissement : 4 modules sur l’année, 2 au premier semestre, 2 au second, un module représentant 3 h semestriels (soit 50 h)
- Accompagnement : 2 modules sur l’année, 1 par semestre.
- 31 h 30 heures hebdomadaires : cette concession (27 h étaient prévues au départ) coûte une heure en moyenne par rapport à l’ancien horaire.

Enseignement général (21 h hebdomadaires) :
français
maths
LV1 et LV2 : horaire finalement réduit à 5 h au lieu de 6 ?
EPS
histoire-géographie et éduc civ
« sciences expérimentales » : fusion des Sciences de la Vie et de la Terre et des Sciences physiques. Cependant, en masse d’heures, cette fusion pourrait conduire à une diminution importante de postes
économie
4 modules d’exploration et d’approfondissement (6 h hebdomadaires) : classés par domaines (choix dans au moins 2 domaines)
Humanités : Litttérature française / Langues et cultures de l’Antiquité (latin, grec) / Langues vivantes étrangères ou régionales / Arts et histoire des arts
Sciences : Mathématiques / Physique-chimie / SVT / Informatique et société numérique
Sciences de la société : SES / Initiation aux
sciences de gestion / Histoire et géographie
Technologies : Initiation aux sciences de l’ingénieur et de la production /Initiation aux sciences médico-sociales / Techniques d’atelier et de laboratoire /Design / Initiation aux technologies de l’hôtellerie et de la restauration / Activités physiques et sportives
2 modules d’accompagnement (3 h hebdomadaires) : Remise à niveau / Travaux interdisciplinaires / Aide à l’orientation. Cadre national mais définition par établissement

Seuls les programmes des « enseignements fondamentaux » seraient prêts à la rentrée 2009 !

 MAQUETTE POUR LES PREMIÈRE ET TERMINALE

  • disparition des voies et séries pour des « dominantes » :
Humanités et Arts
Sciences
Sciences de la société (SES, mais aussi droit et gestion) : remplace les bacs ES ... et STG ? La bataille idéologique du patronat et de la droite contre les SES trouverait là son épilogue
Technologie remplace toutes les filières technologiques STG, ST2S, STI, STL. Des sous-parcours tels que médico-social, STI, hôtellerie.. seraient organisés dans le cadre de modules de spécialisation, bien moins nombreux que les actuelles filières technologiques...
  • disparition du groupe-classe (conçu comme le regroupement quasi-permanent d’élèves ayant choisi les mêmes enseignements) dans le cycle terminal.
  • bâtir l’emploi du temps sur la base de l’enseignement semestriel, en combinant apprentissages fondamentaux et enseignements de choix (pour approfondir des savoirs acquis, explorer des domaines nouveaux pour l’élève).
    • Une option serait étudiée 3 heures par semaine (bloc de 50 heures semestrielles) puis approfondie ou non au cours d’un autre module.
    • Le choix des options par les élèves aboutirait à une grande flexibilité dans la gestion des matières.
    • Une conséquence pour les enseignants pourrait en être l’annualisation du temps de travail et la généralisation de la polyvalence ...
  • « L’offre de modules serait discutée dans l’établissement, mais aussi au niveau rectoral en référence à une grille nationale ». Le contenu des modules serait national.
  • en langues, le cadre commun européen de référence servirait à la validation des compétences, A2 à la sortie du collège, B1 ou B2 au lycée. Un élève qui n’aurait pas obtenu le niveau requis au cours d’un semestre pourrait reprendre un module au cours de la période suivante voire un A2 en rattrapage en seconde. Au total 10 modules de LV1+LV2 (soit 500 h), répartis sur les 3 années du lycée.
  • 4 modules d’EPS, soit 100 h sur les 3 ans.
  • en maths, l’APMEP a obtenu qu’en seconde il y aurait 2 modules dans les enseignements obligatoires, 2 en exploration et peut-être aussi en accompagnement. L’ensemble variera selon les établissements mais l’horaire serait « moins affecté » que dans d’autres disciplines. Pour le cycle terminal, il y aurait des enseignements de niveau différent selon les « familles », ce qui réintroduit les actuelles filières. Celle de STI serait ainsi maintenue ... On le voit, le Ministère a des idées extrêmement fluctuantes et va modifier son projet devant tous les groupes de pression, surtout les plus prestigieux. Mais il va garder le cap sur le seul point qui lui importe, la diminution des moyens.
  • en philosophie, les modules seront communs à tous les élèves.
  • enseignements technologiques : flou assez général, mais quelques idées
    • les actuels enseignements de STG seraient redistribués entre 2 dominantes : gestion et droit rattachés à la dominante « Sciences de la société », comptabilité, mercatique, gestion des ressources humaines, management des organisations et gestion des systèmes d’information à la dominante « Technologie ».
    • enseignements technologiques industriels : l’inspection générale doit élaborer une nouvelle organisation pour parvenir à 4 spécialités + arts appliqués.
    • pour certains enseignements technologiques en labo, atelier ..., il est envisagé des modules d’une durée supérieure à 3 heures.
  • les modules d’accompagnement seraient élaborés dans les établissements à partir d’un cahier des charges national. Dans le cadre de travaux interdisciplinaires, d’ateliers ou de groupes de niveau, ils porteraient sur :
    • des activités de soutien/remédiation,
    • une préparation à l’orientation,
    • le développement de compétences méthodologiques.

Sur le principe rien à dire. Mais ces tâches relevaient de rémunérations supplémentaires (prof principal, ISO ...).
Le ministère parle maintenant d’une ISO « revalorisée », ce qui semble correspondre à l’idée d’augmentation du temps de travail (22 h comme dans le rapport Pochard ?) contre une prime un peu augmentée ...

  • les élèves seraient évalués à la fin des modules, toutes les 18 semaines. Mais les modules seront-ils des unités capitalisables ? Conditionneront-ils le passage en classe supérieur ? Le Ministère semble naviguer à vue...
  • l’organisation du bac pourrait être modifiée : moins d’épreuves finales, beaucoup de contrôle continu ? Cependant, le 21 octobre, Darcos s’est voulu rassurant : son projet n’aboutira pas à une réforme du bac.
    Le carnet scolaire pourrait être remplacé par un portfolio de compétences rempli au fur et à mesure.
Première et terminaleEnviron 900 heures par an ?
32 modules sur 2 ans 16 d’enseignements généraux (45%) : français (2 modules), LV1 et LV2 (6 ou 7 modules), philosophie (2 modules dont un possible dès la première ?), EPS (2 ou 3 modules), sciences (Maths / Sciences expérimentales) et sciences sociales (Histoire-Géo / SES) : Sciences et sciences sociales pour un total de 3 modules
16 de spécialisation (45%) : au moins 9 modules d’une famille pour définir « la dominante » (Science, Technologie...), les 7 autres pour soit renforcer la dominante, soit rechercher une polyvalence (modules d’autres dominantes)
10% d’accompagnement (4 modules sur les 2 ans) : relève de l’ « autonomie des établissements »

 QUELQUES CITATIONS

Darcos :

  • lycée plus autonome, avec des journées moins lourdes pour les élèves, et des parcours plus individualisés,
  • les enseignants devront être plus présents, notamment pour accompagner les élèves en difficulté,
  • il s’est refusé à aborder la réforme du bac.

Jean-Paul de Gaudemar, recteur d’Aix-Marseille et chargé de mission pour cette réforme :

  • méthode pour éviter grèves et manifestations : « Je vais entendre les lycéens, les associer à la réforme, confronter les hypothèses. Je ferai de même avec les enseignants ».
  • Organisation du bac : « La nouvelle organisation (du lycée) aura des conséquences sur le rapport relatif entre les épreuves finales et le contrôle continu »
  • « Le ministre a dit clairement que les contraintes budgétaires vont entraîner des suppressions de postes ... »

 CALENDRIER PREVU

  • Septembre‐octobre 2008 : « concertation » (en 2 mois, sur un sujet aussi vaste !).
  • Fin octobre 2008 : décisions de Darcos sur les grands principes d’organisation.
  • Novembre – décembre 2008 : lancement du travail sur les programmes, notamment pour la seconde.
    Poursuite de la concertation sur les conséquences en matière de fonctionnement des établissements, d’exercice du métier d’enseignant, de vie lycéenne.
  • Décembre 2008 : décisions de Darcos sur le projet définitif de seconde et les aspects essentiels du cycle terminal.
    Consultations « formelles » (CSE, sans doute CNESER, autres).
  • Janvier‐ juin 2009 : préparation de la rentrée dans les académies.
    Affinement du projet pour le cycle terminal et les « modes de validation » (bac), poursuite du travail sur les programmes (adoption de ceux de seconde).
  • Septembre 2009 : nouvelle seconde.
  • Septembre – décembre 2009 : achèvement du travail sur les programmes du cycle terminal.
  • Septembre 2010 : première année du nouveau cycle terminal.
  • Septembre 2011 : deuxième année du nouveau cycle terminal.
  • Juin 2012 : première session du baccalauréat.

 LE BAC, QUELQUES CHIFFRES

Selon les statistiques de l’Unesco, le taux brut de diplômés de fin du secondaire s’établit à 51% en France contre 92% en Finlande, 73% aux Etats-Unis, 74% en Italie. Le taux brut de diplômés du supérieur est à 38% en France contre 62% aux Etats-Unis, 74% en Finlande, 55% en Italie.

On observe de forts écarts entre groupes sociaux : le taux de réussite au bac est de 87% pour les élèves dont les parents sont cadres, 76% pour des parents ouvriers. On observe un fort écart entre sexes. On observe aussi de forts écarts régionaux : mieux vaut passer le bac à Rennes qu’à Créteil ou Pointe-à-Pitre.

Bac généralBac technoBac proTotal
Total métropole et DOM 324.810 168.588 122.227 615.625
Répartition 53% 27% 20% 100%
Proportion de bacheliers dans une génération
En 1967 15,4% 0,0% 0,0% 15,4%
En 1987 21,7% 10,8% 0,1% 32,6%
en 2007 34,7% 16,8% 12,8% 64,2%
Coût de l’épreuve du bac par candidat inscrit (session 2006) 57,43 € 62,21 € 55,48 €

149 423 correcteurs et examinateurs


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