La mixité futur combat ?

lundi 26 mai 2008

« Loin des bruyantes réformes, l’histoire de cet alinéa ressemble à un coup en douce » écrit Libération (cf. plus bas l’article 2 du projet de loi). C’est que le Sénat a adopté le 9 avril un projet de loi [1] sur les discriminations qui précise que n’est pas discriminatoire « l’organisation d’enseignements par regroupement des élèves en fonction de leur sexe ».

Depuis le gouvernement est soupçonné des pires choses. « On peut attendre des demandes pour des séances séparées de piscine - notamment de communautés religieuses intégristes ; certains peuvent aussi réclamer des cours de maths séparés car les garçons sont déconcentrés par les filles » déclare la sénatrice communiste Annie David.

La suppression de la mixité va-t-elle (re)devenir un cheval de bataille de la droite ?

On se rappelle à quel point celle-ci avait été hostile au développement de l’enseignement secondaire des filles sous la IIIe République.
Surtout la mixité pose bien problème et son maintien est contesté dans la plupart des pays développés.

Ainsi, JL Auduc relevait un écart croissant entre filles et garçons face à l’échec scolaire. « Un garçon sur cinq se trouve dans cette situation de sortir du système éducatif sans CAP, ni BEP, ni Baccalauréat, alors que cela ne concerne qu’une fille sur sept » écrivait-il.

Ainsi, les filles issues de catégories sociales classées comme défavorisées réussissent nationalement aussi bien ou mieux en lecture ou au baccalauréat que des garçons issus de catégories sociales caractérisées comme favorisées".

Mais, relevait JL Auduc, "toutes les études menées dans les pays anglo-saxons concernant les classes séparées garçons–filles pour l’ensemble des apprentissages scolaires montrent qu’elles n’améliorent en rien les résultats scolaires des garçons et ne diminue pas leur décrochage scolaire.

Ces classes séparées renforcent les stéréotypes sexuels, encouragent l’ignorance et le préjudice envers l’autre sexe, accentuent les différences dans l’éducation… Gérer la mixité, ce n’est pas seulement mettre des garçons et des filles ensemble, mais réfléchir aux stratégies appropriées pour mieux faire réussir et vivre ensemble filles et garçons".

Marie Duru-Bellat estime que si la non-mixité « crée des »bulles« d’apprentissage confortables », à long terme « elle n’arme pas (les filles) suffisamment pour batailler dans un univers social, qui, lui, est mixte ».

Le sociologue Michel Fize se fait l’apôtre de la séparation des genres. « Dans les pays anglo-saxons », écrit-il, « les jeunes filles de milieu populaire scolarisées dans des établissements non mixtes réussissent beaucoup mieux que les autres. Ce qui prouve que l’apprentissage séparé agit sur les résultats ». Et il envisage des classes optionnelles au niveau du collège et des lycées professionnelles.

Une proposition qui pourrait séduire l’électorat conservateur. Face à l’attirance pour l’école la plus rétrograde, la tentation pourrait croître sur les bancs de la majorité d’instaurer l’apartheid des genres dans le système éducatif.

Source Café pédagogique


Extrait du projet de loi ; nous avons mis l’alinéa litigieux en rouge (NDLR)

Article 2

Sans préjudice de l’application des autres règles assurant le respect du principe d’égalité :

1° Toute discrimination directe ou indirecte fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race est interdite en matière de protection sociale, de santé, d’avantages sociaux, d’éducation, d’accès aux biens et services ou de fourniture de biens et services ;

2° Toute discrimination directe ou indirecte fondée sur le sexe, l’appartenance ou la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, la religion ou les convictions, le handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle est interdite en matière d’affiliation et d’engagement dans une organisation syndicale ou professionnelle, y compris d’avantages procurés par elle, d’accès à l’emploi, d’emploi, de formation professionnelle et de travail, y compris de travail indépendant ou non salarié, ainsi que de conditions de travail et de promotion professionnelle.

Ce principe ne fait pas obstacle aux différences de traitement fondées sur les motifs visés à l’alinéa précédent lorsqu’elles répondent à une exigence professionnelle essentielle et déterminante et pour autant que l’objectif soit légitime et l’exigence proportionnée ;

3° Toute discrimination directe ou indirecte est interdite en raison de la grossesse ou de la maternité, y compris du congé de maternité.

Ce principe ne fait pas obstacle aux mesures prises en faveur des femmes pour ces mêmes motifs ;

4° Toute discrimination directe ou indirecte fondée sur le sexe est interdite en matière d’accès aux biens et services et de fourniture de biens et services.

Ce principe ne fait pas obstacle :

- à ce que soient faites des différences selon le sexe lorsque la fourniture de biens et services exclusivement ou essentiellement destinés aux personnes de sexe masculin ou de sexe féminin est justifiée par un but légitime et que les moyens de parvenir à ce but sont nécessaires et appropriés ;

- au calcul des primes et à l’attribution des prestations d’assurance dans les conditions prévues par l’article L. 111-7 du code des assurances ;

- à l’organisation d’enseignements par regroupement des élèves en fonction de leur sexe.

Le contenu des médias et de la publicité n’est pas considéré comme un accès aux biens et services ni comme une fourniture de biens et services à la disposition du public au sens du 4° du présent article.


[1Sur le site du Sénat http://www.senat.fr/seances/s200804... 


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