Rapport Pochard : la volonté de mettre les profs au pas

lundi 4 février 2008

La commission Pochard, mise en place en septembre 2007 pour se pencher sur la condition enseignante, rend un rapport ce lundi 4 février qui propose de le limiter à une fonction d’exécutant !

Ce n’est pas réellement surprenant car, dès la lettre de mission, son travail était « cadré » pour aboutir à ces conclusions. Du coup, son rôle apparait comme un simple outil de popularisation des projets du gouvernement, avant des mesures qui devraient être « confirmées » dans les prochaines semaines.

Sa philospohie est hautement contestable : pour elle il apparait judicieux de dynamiser le système éducatif en organisant la concurrence à tous les étages, et en mettant sous tutelle les enseignants dans des écoles « autonomisées » (mais où tout le pouvoir est concentré dans les mains des chefs d’établissement). Tout cela à moyens en très forte régression.

Forts de notre expérience, nous revendiquons qu’au contraire des équipes pédagogiques, aux moyens et à l’autonomie élargis, puissent se voir reconnaître un droit d’expérimentation pour répondre aux défis de l’accès au savoir pour tous.

Ci-dessous des « morceaux choisis », à partir d’articles parus dans la presse (Le Monde, Libération) et de notre propre lecture du rapport Pochard.

 Développer l’autonomie des établissements, et le pouvoir de leurs chefs

- « Les établissements devraient avoir la maîtrise d’au moins 10 % de leur dotation en heures d’enseignement »

La voie a déjà été ouverte dans la pratique, puisque nos chefs d’établissement privés se voient souvent confier une « dotation horaire globale » qu’ils vont pouvoir gérer, pour le moment à la marge, selon leurs inclinations.

De nombreuses dérives sont constatées
- ils privilégient l’« affichage » : des matières ou projets valorisants pour l’image de l’établissement au détriment des programmes, de la diversité des matières ...
- le copinage, ou l’asservissement des profs peuvent tenir lieu de politique dans l’affectation de moyens.

- Les chefs d’établissement auraient une « marge d’appréciation » dans la fixation des « modalités locales de travail ».

- Un « lien contractuel » entre l’établissement et l’enseignant pourrait être envisagé.L’instauration d’un « lien contractuel » entre l’établissement et l’enseignant mais en complément de l’application des règles de la fonction publique et non pour s’y substituer.

La commission, qui a écouté sans les vérifier les dires des responsables du privé, présente comme certaine un de leurs voeux : « Le projet d’établissement est l’expression de leur « caractère propre » et la raison même de leur existence. Chaque enseignant recruté s’engage à respecter ce projet, qui comporte de nombreuses obligations, notamment de disponibilité à l’égard de l’établissement ».

On voit les dangers qu’entraineraient un tel voeu s’il était exhausé : des profs corvéables, et qui devraient enseigner des maths « catholiques » ...

Le lien contractuel évoqué plus haut va totalement à l’encontre des lois en vigueur et rétablirait un lien de subordination entre l’enseignant et l’établissement, prémisse d’un retour au statut de droit privé.

 Les devoirs des enseignants

Leurs « missions »
- « cœur du métier » commun : transmission des savoirs, préparation des cours, correction des copies, gestion de la classe ;
- activités « indissociables » : de l’accompagnement des élèves à l’aide à l’orientation ;
- « activités modulables », pour les enseignants volontaires et rémunérés de manière spécifique.

Mais aussi
- bivalence au collège (classes de 6e et 5e).
- temps de travail annualisé : 18 heures hebdomadaires sur 36 semaines, donc obligation annuelle de 648 heures de cours à la libre disposition des chefs d’établissement ...

L’augmentation de notre temps de travail sans rémunération supplémentaire est à l’ordre du jour : inclusion dans le temps de service de l’accompagnement des élèves, de l’aide à l’orientation ...

Des activités modulables sur « volontariat » : une fois précarisés les profs auraient-ils le choix ?

Annualisation : quid des examens dont la « rémunération » actuelle relève de l’aumone), du suivi des stagiaires, des formations (d’autres rapports les préconisent hors temps scolaire) ?

 Nouveaux modes de recrutement et de gestion des carrières

A côté du retour « généreux » du pré-recrutement (étudiants se destinant à l’enseignement payés : mais quelle crédibilité dans le contexte budgétaire actuel !), les concours d’enseignement doivent être réformés et leurs épreuves « simplifiées ».

Surtout, un « master d’enseignement » pourrait être créé, sans que le rapport n’explique pas clairement s’il précéderait les concours où s’il les remplacerait (dernière hypothèse que d’autres rapports nous annoncent).

L’idée de gérer autrement les carrières est largement abordé, même si « le temps n’est pas encore venu » d’une rémunération à la performance (combien de mois ?).
La double évaluation pédagogique, par l’inspection et le chef d’établissement, est, elle largement évoquée ...

Un relèvement de l’indice de début de carrière, l’éventuel octroi de primes sont envisagés, mais toujours avec une contrepartie sous forme de temps de présence supplémentaire.

Ce n’est plus la compétence professionnelle qui est visée, mais l’asservissement aux logiques du chef d’établissement, qui recrute, juge (sur quels critères et avec quelle compétence ?) et dont dépend la rémunération.

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