L’enseignement catholique dans les tourments

vendredi 14 septembre 2007

Un article du Monde fait le point sur la situation de l’enseignement catholique.

Il reprend - comme trop souvent dans la presse ces dernières années, sans vérifications sur le terrain - la thématique des « nombreux élèves refusés à la rentrée » (cette année 35.000 !).

De notre côté, si nous constatons une poussée dans certaines zones urbaines (Paris, Lyon, Marseille), cet afflux ne se vérifie pas ailleurs, et cette année il y a même des pertes d’effectifs soudains suite à l’« assouplissement » de la carte scolaire.

Rappelons que l’enseignement privé reçoit 20% des moyens, alors qu’il ne scolarise qu’un peu plus de 16% des effectifs, la marge en sa faveur devrait suffire à satisfaire les demandes suplémentaires.

L’article s’interroge aussi sur les débats au sein de l’enseignement catholique.

Ceux-ci font apparaître deux tendances que nous avions déjà identifiées :
- ceux qui veulent maintenir une identité « ouverte », en jouant certes sur une « différenciation » d’avec le public, mais parce qu’ils observent que le choix de la très grande majorité des parents ne s’exprime plus en terme d’adhésion à un « projet catholique ».

- ceux qui veulent un repli identitaire, communautariste, centré sur un prosélytisme catholique, mais aussi une sélection sociale.
Ceux-là ont déjà développé des établissements hors contrat (il y en aurait 300, pour environ 20.000 élèves), et veulent maintenant conquérir le secteur sous contrat, financé par l’Etat.

Le tout « arbitré » (en novembre ?) par les évêques, et dont leur représentant à la tête du SGEC, Eric de Labarre, est portraituré dans cet article de façon ambigüe...

Le SUNDEP rappelle qu’il défend la liberté de conscience des élèves et des maîtres, fixée par la loi, quels que soient ses interlocuteurs.

L’article du Monde récapitule aussi les données connues sur l’ensemble de l’enseignement privé, qui n’est pas que catholique.

Extraits de l’article du Monde

Le privé est victime de son succès. A l’heure du « zapping » scolaire, un enfant sur deux passe dans un établissement privé sous contrat durant sa scolarité. « Le privé scolarise chaque année environ 17 % des élèves de l’Hexagone, tous niveaux confondus », relevait en 2005 une enquête réalisée par le Crédoc. Les motivations sont de plus en plus « pragmatiques » : 12 % seulement des familles choisissent l’enseignement catholique par « seule conviction religieuse », notait le Crédoc, alors que la réputation est « le premier critère de choix de l’établissement ».

En cette rentrée 2007, le débat est relancé : l’enseignement catholique est-il allé trop loin dans l’ouverture et la banalisation ? Les évêques de France ont créé, pour la première fois, un groupe de travail sur cette question. L’archevêque d’Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz a publiquement mis les pieds dans le plat, en appelant d’urgence, dans Le Monde de l’Education puis dans Le Pèlerin, la semaine dernière, à « recentrer l’enseignement catholique sur le Christ », estimant qu’une majorité d’établissements « n’a plus de catholique que le nom ».

Depuis deux ou trois ans, les écoles catholiques hors contrat se multiplient. Elles accueilleraient aujourd’hui 20 000 élèves. Des écoles créées à l’instigation de familles catholiques, qui jugent que, « à part la sélection sociale, l’absence de grèves des professeurs et le côté vaguement charitable, assorti d’une petite parenthèse catéchétique, la différence n’est pas colossale [avec le public] », comme le dit l’une d’elles dans Le Monde de l’Education.

La direction de l’Enseignement catholique a toujours refusé le communautarisme. « Notre enseignement n’est pas catholique par son recrutement mais par son projet », rappelle son ancien secrétaire général, Paul Malartre, tout juste retraité. Fervent défenseur, pendant huit ans, de « l’ouverture à tous », il n’en reconnaît pas moins une nouvelle donne : « Ce qui a sans doute changé par rapport au début des années 2000, c’est que nous faisons davantage partie du paysage scolaire français et qu’il y a un élargissement à la fois quantitatif et sociologique des familles qui font appel à nous. »

Dans une institution en évolution Paul Malartre craint le risque de « l’indifférenciation, au point d’arriver à un faux pluralisme scolaire et que plus rien ne nous distingue de l’enseignement public en termes de projet éducatif. » Et de pointer du doigt « des chefs d’établissement parfois démissionnaires, des projets qui n’ont plus aucune référence catholique ou font montre d’une très grosse discrétion, par peur que cela ne gêne le recrutement ».

Cette dérive tient en partie à celle des parents, qui ont une attitude de plus en consumériste à l’égard de l’institution éducative dans son ensemble. La demande accrue, de la part de certaines familles, d’un enseignement « privé privé » – au sens libéral du terme –, où « seule la valeur or compte », inquiète Bernard Toulemonde, ancien inspecteur général de l’éducation nationale, fin connaisseur du dossier. « Les parents y sont des clients plus que des acteurs de la communauté éducative, trop exclusivement attachés à la réussite scolaire », admet Paul Malartre. Certains établissements « se servent de l’attachement catholique comme d’un alibi pour faire ce qu’ils veulent, et notamment écarter les élèves plus faibles, admis à redoubler ailleurs », regrette-t-il.

Alors, poursuite de l’ouverture ou repli identitaire ? Une nouvelle génération est en train de prendre les commandes de l’enseignement catholique, avec à sa tête Eric de Labarre, 53 ans, universitaire et ancien président de l’Union des associations de parents d’élèves de l’enseignement libre (Unapel). Ce chevalier de l’ordre du Saint-Sépulcre, qui a un fils séminariste, se qualifie lui-même, dans Le Monde, de « vieil aristo, étiqueté à droite ». Au moment où Nicolas Sarkozy veut désectoriser l’Education nationale et entend faire jouer tout son rôle au privé en matière d’égalité des chances et de mixité sociale, un nouveau virage s’annonce pour l’enseignement catholique.

Aurélie Sobocinski

Le privé en France par les chiffres

Effectifs
Sur les 12 millions d’élèves scolarisés en France, un peu plus de 2 millions le sont dans le privé, soit une part de 17 % environ, sensiblement équivalente à la moyenne européenne. Les élèves inscrits dans le privé représentent 13 % de l’ensemble des effectifs du primaire, 21% du secondaire et 29% des élèves de l’enseignement agricole. Plus de 5.000 écoles, 1.600 collèges et 1.500 lycées privés sous contrat emploient près de 140.000 enseignants.

Statut
Le privé comprend majoritairement des établissements sous contrat avec l’Etat (à 98 %) dans le cadre de la Loi Debré de 1959. qui s’engagent à respecter les programmes scolaires.
En échange, l’Etat rémunère les enseignants.
Les établissements hors contrat sont organisés et financés par des personnes privées. Avant d’être placées sous contrat, les classes doivent avoir fonctionné pendant cinq ans.

Régions
On note des différences considérables entre académies : en Bretagne et Pays de la Loire, régions de vieille tradition catholique, le privé rassemble 40 % des élèves du second degré, contre 11 % dans les académies de Poitiers ou de Besançon.

Tarifs
Les familles versent, annuellement, de 150 euros (dans le primaire) à 700 euros par élève (dans le secondaire) en province ; et entre 300 et 1.200 euros par an à Paris.

Résultats scolaires
Selon une étude du ministère de l’Education nationale, de juillet 2004, le taux de réussite au baccalauréat est de 70,3 % pour les élèves n’ayant fréquenté que le secteur privé à partir du CM2, contre 59,1 % pour ceux qui ont fait tout leur cursus dans le public. Le ministère explique la différence essentiellement par le milieu social d’origine des enfants.

Enseignement confessionnel
Les établissements catholiques représentent 97 % de l’enseignement privé sous contrat. Le secrétaire général est nommé par la Conférence des évêques de France.

Selon les derniers chiffres disponibles, datant de 2003, on comptait une centaine de groupes scolaires juifs, incorporant au total 256 établissements, qui accueillaient environ 30 000 élèves, soit 30 % des jeunes Juifs appartenant à la classe d’âge correspondante. Au total, on estime qu’environ 50 % des jeunes Français de confession juive passent par une école confessionnelle au cours de leur scolarité.

Il existe 4 établissements musulmans en France, tous hors contrat : le collège-lycée La Réussite, à Aubervilliers (93) créé en 2001 ; l’école primaire Taalim-al-Islam, ouverte en 1990 à la Réunion, le lycée Averroès, ouvert en 2003 à Lille, et le collège-lycée al-Kindi, fondé cette année à Décines.

Enfin, un premier établissement sikh, le « lycée européen des cinq étoiles » devrait ouvrir ces portes courant septembre à Bobigny (93).


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