Comment gérer les parents envahissants ?

samedi 11 août 2007

On les dit trop présents, inquisiteurs, demandeurs. Leur attitude est jugée intrusive, insistante, consumériste.

À l’opposé de ceux que « l’on ne voit jamais », certains parents d’élèves ont une proximité excessive avec l’école. Souvent contraires aux principes de co-éducation, ces relations entravent la tâche des enseignants.

C’est, pour les uns, une histoire de goûter écrasé, de matériel perdu, de vêtements salis, de défaut de surveillance, de devoirs à la maison trop (ou trop peu) conséquents, de méthode discutable, de programme pas fini, d’évaluation arbitraire, de punition non méritée…

C’est, pour les autres, un problème de manque de confiance, de suspicion manifeste, d’ambition exacerbée et de déni du groupe.

C’est, pour tous, un cas typique de confusion des genres, de malentendus accumulés avec, comme conséquence immédiate, des élèves pris en étau entre deux autorités désaccordées.

 Des partenaires, pas des pédagogues

« Maintenant, la classe commence ! » articule bien fort Muriel H. dans un grand clap de mains avant de refermer la porte sur les énièmes bisous - bisous des parents retardataires.

Dans la classe de maternelle où elle effectue son stage filé1, cette PE22 de 35 ans, ancienne journaliste de terrain, ne se laisse pas impressionner par les mines inquiètes de certains adultes.

« Je passe beaucoup de temps à écouter les familles me raconter comment vont leurs enfants. Ce sont des éléments importants qui m’aident à comprendre le comportement des élèves et m’évitent bien des erreurs d’appréciation. Ce dialogue rituel est une mise en confiance indispensable dans le partenariat école/familles.

Mais les parents doivent savoir quitter la classe quand je le demande afin de permettre à leurs enfants de se recentrer sur eux-mêmes et à moi d’enseigner l’esprit libre », explique la jeune femme.

« Des collègues me parlent de parents qui accompagnent leurs petits après l’heure de la fermeture et s’incrustent dans les classes jusqu’à des heures indues, parfois en essayant de se cacher !

En primaire, il est également fréquent de voir des adultes arriver quinze minutes avant la sortie et se coller au grillage de la cour de récré pour regarder leurs enfants. Ces derniers font les pires bêtises et notre réaction est jugée en direct…

Je crois que c’est alors au directeur d’école de recadrer les choses et de discuter d’une règle en conseil d’école avec les représentants des parents ».

Lors d’un stage groupé de trois semaines dans une classe de CP-CE1, l’enseignante reconnaît avoir reçu la visite de plusieurs parents d’élèves : « ils voulaient que je donne du travail supplémentaire à leurs enfants. De son côté, une de mes collègues a reçu une lettre d’un parent l’informant qu’il se sentait obligé de faire écrire lui-même des dictées complémentaires à son fils pour que ce dernier ne prenne pas de retard dans sa scolarité !

Une autre encore, qui abordait le Coran dans le cadre d’un cours de CM2 sur les croisades, a vu son travail contesté par un parent dans le cahier de liaison… Ce à quoi elle a répondu en photocopiant le contenu des programmes.

Précisément, ne pourrait-on pas réfléchir à des versions des programmes expliqués aux parents ? », interroge le professeur stagiaire.

 Agression verbale et discrédit public

« D’abord, votre métier, moi aussi je pourrais le faire et bien mieux que vous ! »
Autre lieu, autre exemple. Enseignante en moyenne section de maternelle dans une petite école de la campagne girondine, Sophie B. n’a pu qu’écouter, abasourdie, les propos diffamants proférés par une grand-mère à son encontre devant un ensemble de parents et d’enfants présents dans la cour.

« Cette agression verbale longue et douloureuse est venue en réponse à un événement anodin, survenu quelques heures plus tôt », raconte l’enseignante expérimentée. « Je conduisais mes élèves à la BCD3 de l’école quand l’un des enfants a percuté un poteau sous le préau. La grand-mère du garçonnet, présente au grillage de l’école, a assisté à la scène.

L’apercevant et ayant l’habitude de discuter librement avec elle, j’ai cru bon de la rassurer, de loin, sur l’état de son petit-fils qui n’avait vraiment rien d’alarmant.

Au lieu de l’apaiser, ma réaction l’a mise hors d’elle. Elle a ruminé sa colère, jugé mon attitude l’après-midi durant, avant de se délester sur moi, dans un total manque de respect et une hargne que je ne lui connaissais pas ».

Habituée à gérer dans le calme et par le dialogue « l’insistance » de certains parents d’élèves, Sophie B. a été choquée par cet épisode qu’elle considère aujourd’hui comme « un abus de pouvoir d’une grand-mère surinvestie ».

Malgré tout, l’enseignante attentive et prévenante continuera à permettre aux familles d’entrer dans sa classe, d’entretenir le dialogue coûte que coûte... « Bref, conclue-t-elle, à faire ce qui normalement suffit à éviter ce genre de situation aussi néfaste pour les enfants, pour l’école que pour l’enseignant ».

Marie-Laure Maisonneuve, site VousNousIls

(1) Mis en place à la rentrée 2006, le stage filé des élèves professeurs (PE2) s’organise sur toute l’année scolaire, dans une même école et une même classe à raison d’un jour par semaine. Voir le BO n°31 du 31 août 2006.

(2) Professeur des écoles stagiaire inscrit en seconde année d’IUFM.

(3) Bibliothèque et Centre de Documentation


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