Concours enseignants 2026 : un miracle... ou un trompe-l’œil ?

jeudi 16 juillet 2026


À la suite de la publication des résultats des concours de recrutement des enseignants de la session 2026, le ministre de l’Éducation nationale se félicite des taux de couverture des postes. Il met notamment en avant un taux de 98 % en physique-chimie et de 93 % en mathématiques, deux disciplines qui connaissent pourtant depuis plusieurs années une crise majeure du recrutement.
source Le Monde

Faut-il y voir un miracle ?

Il est vrai que les chiffres marquent une amélioration sensible : 24 351 candidats admis, contre un peu plus de 16 000 en 2025, soit près de 50 % de lauréats supplémentaires. Le taux de couverture global atteint 94 %, contre 88,3 % l’an dernier.
En mathématiques, 93 % des postes sont pourvus, contre 74,4 % en 2025 ; en physique-chimie, le taux atteint 97,8 %, contre environ 75 % l’année précédente. Le CRPE affiche également un taux de couverture de 98,5 %. source MEN ici

Le SUNDEP Solidaires ne partage pas cette lecture.
La session 2026 est la première à appliquer la réforme de la formation initiale. Désormais, les concours externes sont ouverts dès la licence (bac+3) ou appelée L3. Les lauréats deviennent ensuite stagiaires pendant deux années de formation conduisant au master Métiers de l’enseignement et de l’éducation (M2E) avant leur titularisation. Pendant la période transitoire, des recrutements coexistent aux niveaux licence et master, augmentant mécaniquement le vivier de candidats.
Autrement dit, ce n’est pas l’attractivité du métier qui a soudainement retrouvé des couleurs : c’est avant tout le mode de recrutement qui a changé. Depuis des années, les personnels alertent sur l’effondrement de l’attractivité du métier : salaires insuffisants, conditions de travail dégradées, perte de sens, précarité croissante et manque de reconnaissance.

Rien de tout cela n’a fondamentalement changé.

Alors, comment expliquer ces résultats ?

Le ministère se garde bien de rappeler que les concours ont été profondément réformés, que les modalités de recrutement ont évolué et que le nombre de candidats présents reste très inférieur à celui d’il y a une dizaine d’années. Afficher un meilleur taux de couverture ne signifie pas que le métier est redevenu attractif ; cela signifie simplement que les postes ouverts ont davantage trouvé preneur dans un contexte de recrutement modifié.

Le SUNDEP Solidaires rappelle qu’un taux de couverture, aussi satisfaisant soit-il sur le papier, ne garantit ni la fidélisation des enseignants, ni leur maintien dans le métier, ni la qualité du service public d’éducation. Aussi on pourra s’attendre à une fluctuation des professeurs continue qui entrent ou qui partent de l’enseignement. On constate un taux en continue de l’augmentation des maitres délégués. Un corps de professeurs dans des situations de précarité accrues.

Le véritable miracle serait qu’un gouvernement décide enfin d’investir durablement dans celles et ceux qui font vivre l’École au quotidien.

Car sur le fond, rien n’a véritablement évolué.
Les enseignants continuent d’exercer un métier de plus en plus exigeant, confrontés à une charge de travail croissante, à des conditions d’exercice difficiles, à une perte de reconnaissance et à des rémunérations qui demeurent parmi les plus faibles des pays comparables de l’OCDE.

La communication ministérielle oublie de rappeler que les futurs enseignants recrutés à bac+3 ne deviennent pas immédiatement professeurs titulaires : ils s’engagent dans un parcours de formation de deux ans. Surtout, le problème central reste entier : combien gagneront-ils une fois en responsabilité devant les élèves ?
Aujourd’hui, un professeur débutant perçoit un traitement qui avoisine 2 100 € nets par mois, primes incluses selon les situations, après plusieurs années d’études supérieures et un concours national. Cette rémunération reste peu attractive au regard du niveau de qualification, des responsabilités exercées et de l’engagement attendu.

Le SUNDEP Solidaires refuse que la réforme du concours serve à masquer les difficultés structurelles du métier.
Les chiffres de 2026 montrent que l’on peut améliorer le remplissage des concours en modifiant les règles de recrutement. Ils ne démontrent en rien que la crise de l’attractivité est résolue.

Le véritable miracle serait de voir enfin une politique ambitieuse de revalorisation des salaires, d’amélioration des conditions de travail et de reconnaissance professionnelle. C’est à ce prix que l’École retrouvera durablement des enseignants, et non à coups d’effets d’annonce ou de statistiques flatteuses.