1er degré : 1 enseignant pour 12 élèves sans moyen !

lundi 12 juin 2017

Des CP à 12 élèves sans moyen !
Une mesure du ministre de l’Education nationale.

Le SUNDEP Solidaires s’interroge sur le programme du président de la République quant aux questions de l’Education.

Où sont les moyens ?

Nous doutons de la pérennité de la mise en œuvre de cette mesure compte tenu des très faibles créations de postes prévues par ce gouvernement pour l’ensemble de l’éducation nationale avec les 5000 sur 5 ans ! A moins que le ministère pioche dans les viviers de postes de remplaçant-e-s déjà largement dépourvus ou dans les postes de RASED déjà largement déplumés sous les précédentes mandatures.

Dans l’enseignement public, des académies zélées (Toulouse par exemple) ont déjà commencé le redéploiement des postes plus de maitre-s-se-s que de classes au mépris des droits des personnels alors que ce dispositif vient à peine d’être mis en place et que la préparation de la rentrée est plus qu’avancée. De même des professeurs des écoles « surnuméraires » se voient confiés ce dispositif. Aussi ceux qui partent à la retraite voient leur poste se fermer. Des postes de maitre E non pourvus sont fermés et réutilisés pour ce dispositif aussi...Nous apprenons également que les inspecteurs d’académie mettent en place des entretiens pour recruter sur ces postes nommés « postes à profil ».

C’est toujours le jeu des chaises musicales : on ferme quelque part pour ouvrir ailleurs et toujours à moyen constant !

De plus, comment le ministère compte maintenir les seuils et les repères d’ouverture sans que les effectifs des autres classes n’explosent ? Et que dire des problèmes de locaux qui ne sont tout simplement le plus souvent pas disponibles pour une telle mesure et que les mairies vont résoudre avec les moyens du bord au détriment des organisations pédagogiques de ces classes et des écoles ?


1 prof pour 12 élèves ou 2 profs pour 25 élèves : qu’est-ce que ça change ?
Source site EDUVEILLE, « pratiques enseignantes » de Catherine Reverdy

A l’heure où les enseignant.e.s de primaire, directement concerné.e.s par la mise en place éventuelle de la mesure « 12 élèves par classe de CP et de CE1 en REP+ » annoncée à la rentrée 2017, manifestent leur crainte de la suppression du dispositif Plus de maitres.ses que de classes, voici ce qu’on peut tirer de certaines recherches en éducation, à travers une approche un peu décalée : comment les enseignant.e.s accompagnent au mieux l’apprentissage de leurs élèves ?

C’est en effet la prochaine thématique du Dossier de veille que je prépare actuellement, et les points de convergence avec le sujet ne manquent pas. La réduction du nombre d’élèves par classe vise à améliorer leurs conditions d’apprentissage en vue d’une meilleure réussite. Au cœur de cette réussite se trouve notamment la relation entre enseignant.e.s et élèves et la manière dont ces enseignant.e.s s’y prennent pour anticiper leurs difficultés et les accompagner au plus près dans leurs apprentissages.

On apprend dans la littérature de recherche sur ce sujet plusieurs choses intéressantes. Des analyses historiques montrent que l’enseignement français s’est construit sur le fait que les élèves ont un niveau homogène : on comprend ainsi l’importance donnée à la préparation des cours par les enseignants français et les différences culturelles qui peuvent exister dans d’autres pays, davantage enclins à utiliser la différenciation pédagogique.

D’autres analyses se situent au niveau des pratiques enseignantes face à la difficulté scolaire, et montrent que cette question touche aux représentations des enseignants. Patrick Rayou met ainsi en évidence 3 raisons « pour lesquelles l’enseignant ne peut se saisir pleinement du processus intellectuel de l’élève pour comprendre comment celui-ci se situe dans le processus d’apprentissage, comment il travaille et comment il peut l’aider » :
• « Dans la représentation de certains enseignants, le temps consacré en amont de la séance à la préparation et à l’analyse a priori de ce qui va se passer d’un point de vue didactique est un garant de la réussite de la séance.
• Pendant la séance, au cours de la tâche, l’enseignant va rarement se consacrer à l’analyse diagnostique en temps réel du processus d’apprentissage chez l’élève pour renommer l’activité.
• La division du travail éducatif, telle qu’elle est organisée actuellement dans le système éducatif français, tend à dessaisir l’enseignant du suivi du processus d’apprentissage dans sa continuité, puisque différents acteurs interviennent, notamment au moment de l’appropriation des notions (travail personnel en dehors de la classe). »

On le voit, l’évaluation diagnostique des élèves semble particulièrement difficile à réaliser pour un.e enseignant.e seul.e, alors qu’un travail collectif entre enseignant.e.s parait à même de faire évoluer les représentations. Ces représentations sont tellement ancrées que, pour Félix et al. (2012), les enseignant.e.s n’ont d’autre choix que de faire appel à leur expérience personnelle lorsqu’ils ou elles aident leurs élèves, et non plus à leur registre professionnel : « C’est parce que l’activité d’enseignement est contrariée que les professeurs recourent à des significations sociales familières qui leur permettent d’agir et d’éviter de se retrouver en situation de crise face aux élèves, mais avec en contrepartie le sentiment de « mal faire son travail » d’enseignant. Ce sentiment provient d’une dissociation dans le travail d’aide dans lequel l’enseignant n’a pas à enseigner mais à devenir un « travailleur sur autrui », dans le sens de Dubet (1999), à savoir mettre autrui (l’élève) au travail sur lui-même, affranchi des conditions de l’étude. »

Le dispositif « Plus de maitres.ses que de classes », qui s’applique du CP au CM2, consiste à affecter un.e enseignant.e surnuméraire à une ou plusieurs écoles pour intervenir ponctuellement auprès de certaines classes choisies pour un temps donné par toute l’équipe pédagogique de l’école en fonction des besoins exprimés par les enseignant.e.s. Un des effets de ce dispositif a été justement de montrer les liens et les tensions à l’œuvre dans les relations qui se créent entre les enseignant.e.s et leurs collègues surnuméraires.

Cela a notamment conduit les équipes pédagogiques des écoles concernées à se regrouper pour réfléchir à la manière de mutualiser les outils de diagnostic par exemple, ou d’organiser autrement les regroupements d’élèves selon leurs besoins.

Au niveau académique, des ressources sont parues (notamment des évaluations diagnostiques pour les élèves de CP et CE1), utilisables pour tous les enseignant.e.s de primaire, comme dans l’académie de la Réunion.

Une réflexion que l’on peut faire sur les articles qui paraissent au sujet de la proposition présidentielle concerne en outre l’évaluation des effets des mesures envisagées : LA recherche en éducation montrerait que telle mesure est efficace et telle autre non (voir à ce sujet les articles de ce blog sur les méta-analyses en éducation), en l’occurrence que la réduction du nombre d’élèves par classe serait forcément bénéfique pour la réussite des élèves. Dans l’article « Politique éducative d’Emmanuel Macron : ce que peut en dire la recherche » par exemple, on peut lire : « la réduction de la taille des classes en primaire [est] une politique éducative qui a été étudiée de façon extensive et sur laquelle on dispose de résultats solides et univoques. Quelle que ce soit la méthode d’analyse adoptée (randomisation ou quasi-expérimentale), ou le contexte (aux États-Unis comme en France), les résultats sont clairs : la réduction de la taille des classes en primaire a des effets positifs importants sur les élèves socialement défavorisés, que ce soit à court ou à long terme. »

Mais ici particulièrement, les résultats ne sont pas aussi clairs ! Si on regarde en détail, les études citées montrent bien des effets calculés significatifs en primaire, mais précisent que les résultats ne prennent pas en compte en détail une éventuelle modification des pratiques enseignantes : « la recherche en science de l’éducation fait parfois l’hypothèse que seules d’importantes modifications des pratiques, résultants de dispositifs explicites d’accompagnement des enseignants par des instances pédagogiques appropriées lors des réductions de tailles de classes, peuvent permettre aux enseignants et aux enfants de tirer parti de classes plus petites. » (Piketty & Valdenaire, 2006)

Vérifier cette hypothèse, c’est bien ce que le dispositif « Plus de maitres.ses que de classe » cherche à faire, en se basant non sur une diminution du nombre d’élèves par classe, mais sur l’idée d’augmenter le nombre d’enseignant.e.s par école, et c’est pourquoi a été mis en place un Comité national de suivi de ce dispositif.

Les 6 rapports et les nombreux articles de recherche qui sont parus depuis sa mise en œuvre en 2012 (voir ci-dessous) indiquent que l’évaluation est toujours en cours, comme en témoigne la synthèse de notre collègue Patrick Picard du Centre Alain-Savary. Cette évaluation concerne trois aspects : l’étude des transformations en profondeur des pratiques enseignantes dans la classe, la modification de l’organisation de travail des enseignants, impactant le niveau de l’établissement (voire de la circonscription), et bien entendu la difficile évaluation des effets de ce dispositif sur la réussite des élèves (non réductible à leurs seuls résultats à des tests nationaux, comme c’est souvent le cas aux États-Unis).

Le temps de formation et d’appropriation de ce nouveau dispositif est également un facteur important, même s’il peut paraitre incompatible avec le temps politique.

A l’échelle des pratiques enseignantes, ce dispositif est tout jeune mais prometteur puisqu’il a été reconduit et amélioré depuis sa mise en œuvre. Il mérite donc de ne pas être rayé d’un coup de plume, au moins au niveau des résultats qu’il a montrés : si réduction de la taille des classes il y a, elle doit aller de pair avec un accompagnement des pratiques enseignantes dans chaque école, et la dimension collective de la réflexion sur la réussite des élèves doit forcément être un axe majeur de ce dispositif.

Pour aller plus loin
•Centre Alain-Savary (2015). Plus de maitres que de classes : la mise en œuvre dans le département du Rhône. Evaluation réalisée pour la DEPP. Lyon : IFE-ENS de Lyon.
•Comité national de suivi « Plus de maitres que de classes » (2014). Note d’étape, juin.
•Comité national de suivi « Plus de maitres que de classes » (2015). Note d’étape, janvier.
•Comité national de suivi « Plus de maitres que de classes » (2015). Rapport du comité national de suivi du dispositif « Plus de maitres que de classes », septembre. En ligne :
•Comité national de suivi « Plus de maitres que de classes » (2016). Note du comité national de suivi du dispositif « Plus de maitres que de classes », décembre.
•Cristofari Yves & Sueur Rémy (2014). Le dispositif « Plus de maitres que de classes » : projet et mise en œuvre pédagogiques. Rapport n° 2014-031. Paris : IGEN-IGAENR.
•Félix Christine, Saujat Frédéric & Combes Christelle (2012). Des élèves en difficulté aux dispositifs d’aide : une nouvelle organisation du travail enseignant ? Recherches en éducation, hors-série n° 4, p. 19-30.
•Piketty Thomas & Valdenaire Matthieu (2006). L’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français. Estimations à partir du panel primaire 1997 et du panel secondaire 1995. Les Dossiers, n° 173.
•Suchaut Bruno (2013). Plus de maitres que de classes. Analyse des conditions de l’efficacité du dispositif. Rapport de recherche. Dijon : Institut de recherche sur l’éducation.
•Toullec-Théry Marie & Marlot Corinne (2015). Premiers éléments d’analyse de deux dispositifs contrastés « Plus de maitres que de classes ».

pour aller sur le site, cliquez :
http://eduveille.hypotheses.org/8625


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