Les évêques se divisent sur l’affirmation de l’identité chrétienne dans les écoles privées

dimanche 12 novembre 2006

Pour l’épiscopat, réuni en assemblée plénière à Lourdes du 4 au 9 novembre, il n’est pas question de restreindre l’accès des établissements aux non-chrétiens.

Pour nous, le problème est qu’ils abordent en lui-même ce débat, et que la position de l’évêque d’Avignon ne fasse pas l’objet de contestation, qu’elle soit renvoyée à une « liberté d’expression ».

Car ce discours d’exclusion de l’autre traduit un repli sur une identité chrétienne, en ce sens totalement en phase avec les nouvelles orientations de la papauté.

C’est aussi un problème de droit, de légitimité même d’un enseignement catholique financé par l’Etat.

Si on inclut le salaire des enseignants et documentalistes, plus de 90% du financement de l’enseignement privé sous contrat est assuré par l’Etat et les collectivités locales.

Ceci pour accueillir des élèves dont seulement 7% choisissent le privé sur un critère religieux (des études locales plus récentes descendent même à 2%).

Les nouvelles orientations conduiraient donc à transformer l’enseignement catholique (le même problème se pose aussi pour des établissements juifs, demain pour des musulmans ?) en outil de prosélytisme financé sur fonds public ?

Inacceptable vis à vis de nos lois et du principe de séparation entre religion et Etat, sur lequel veut pourtant revenir M. Sarkosy. Un espoir futur pour l’épiscopat ?

Un choix de société, n’en doutons pas. Nous, nous choisissons la laïcité.

L’archevêque d’Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, a lancé le débat en annonçant, fin septembre, qu’il s’apprêtait à publier une « charte de l’enseignement catholique », visant à « replacer le Christ au centre » des établissements privés de son diocèse.

Dans un entretien à l’hebdomadaire France catholique, à paraître le 10 novembre, il détaille le fond de sa pensée : « Mon rôle d’évêque m’a amené à constater que l’enseignement catholique défend des »valeurs« et non plus la personne de Jésus Christ. Et qu’à force de défendre des valeurs humanitaristes on est en train de s’éloigner de la foi catholique. » Pour l’archevêque d’Avignon, le principal objectif de l’équipe pédagogique dans un établissement catholique devrait être de « proclamer les merveilles de Dieu ».

La mission de l’enseignement catholique fait partie des dossiers traités à Lourdes par l’assemblée plénière des évêques, qui s’est tenue du 4 au 9 novembre. Un groupe de travail a présenté ses réflexions, qui ont fait l’objet de débats à huis clos. Les évêques se défendent de vouloir reprendre en main l’enseignement catholique. « Nous ne suivons pas du tout Cattenoz », confie l’un d’eux. Cela dit, Mgr Eric Aumonier, évêque de Versailles et président du groupe de travail, admet que l’épiscopat souhaite « approfondir le caractère propre de l’enseignement catholique ».

Mais les avis divergent. Le cardinal archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, affiche son pragmatisme : « Nous sommes contents lorsqu’un établissement catholique affiche son identité. Mais sa mission première, c’est que les enfants soient bien formés et que les enseignants soient bons. » Mgr Christophe Dufour, évêque de Limoges, avance une suggestion : « Il faut rendre obligatoire pour tous les lycéens un enseignement du fait religieux, distinct de la catéchèse. »

D’autres évêques mettent l’accent sur la dimension sociale. « L’enseignement catholique trouve sa place quand il oeuvre en direction des plus démunis », insiste Mgr Benoît Rivière, évêque d’Autun. Cependant, l’annonce explicite de la foi chrétienne souhaitée par beaucoup d’évêques se heurte à une réalité sociologique : dans de nombreux établissements, les catholiques sont minoritaires.

Mgr Rivière, ancien évêque auxiliaire de Marseille, cite le cas de deux écoles de cette ville, dont l’une accueille 100 % d’élèves musulmans et l’autre 80 %. « Pourquoi ces familles mettent-elles leurs enfants dans nos écoles ?, interroge-t-il. D’abord parce qu’elles savent que l’identité de leurs enfants sera respectée. Ensuite, pour la bonne réputation de ces écoles. » Les grandes fêtes du christianisme y sont célébrées. Mais l’équipe pédagogique organise aussi des réjouissances autour des fêtes musulmanes. « Il me semble important d’expliquer aux petits musulmans quelle est la foi des chrétiens », estime Mgr Rivière.

Pour les évêques, il n’est pas question de restreindre l’accès aux établissements catholiques sur des critères religieux. « Nous resterons fidèles à cette ligne, insiste Mgr Aumonier. Mais nous ne devons pas avoir peur de dire qui nous sommes. » Les évêques vont poursuivre un an encore leur réflexion sur ce thème. Pendant cette période, Mgr Aumonier est chargé de trouver un remplaçant à Paul Malartre, secrétaire général de l’enseignement catholique, qui prend sa retraite.

Xavier Ternisien, Le Monde du 10/11/06


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