Bienvenue en France !

jeudi 23 avril 2015

Voici l’histoire que vit un collègue étranger, Mohamed, jeune stagiaire à Créteil. A travers sa situation, le sort fait aux salariés étrangers dans l’enseignement privé. Cela témoigne d’un climat de racisme, qui cherche simplement à nous diviser.

Bienvenue en France !

Mohamed, guinéen, arrive il y a 8 ans, à 18 ans, pour faire ses études en France. Brillant élève, il fait un master 2 en mathématique, comme étudiant étranger. L’année dernière, 2013-2014, afin de vivre, il travaille comme prof de math dans un lycée publique de la banlieue parisienne à mi-temps comme contractuel donc précaire. On a bien besoin de lui, 40 % des postes de maths aux concours n’ayant pas été pourvu. En même temps, il prépare et valide un nouveau M2 (master enseignement). Il découvre que n’étant pas de nationalité européenne (la fameuse préférence communautaire qui exclue les étrangers de 5,4 millions d’emplois), il sera précaire à vie. En effet, les emplois de fonctionnaires lui sont interdit (c’est une forme de « préférence nationale »...) et on veut bien de lui mais pour « boucher les trous comme précaire à vie ».

En novembre 2013, il apprend que le concours des profs certifiés de l’enseignement privé vient d’être rouvert aux « étrangers extra-communautaire ». Quelques mois plus tôt le gouvernement PS avait voulu étendre la préférence communautaire à l’enseignement privé et interdire aux étrangers de devenir titulaires de l’enseignement privé, soutenu à l’époque par la CFTC, le SPELC et la CFDT, la FSU et la FCPE ayant laissé faire avec un NPPV au Conseil supérieur de l’éducation. Seuls Sud Education, le SUNDEP-Solidaires et la CGT avaient voté contre au CSE de fin juin 2013. Cyniquement, le ministère affirmait ne pas interdire l’enseignement aux étrangers, puisqu’ils avaient le droit d’être non-titulaires à vie, précaires et sous-payés ! Heureusement, un recours au conseil d’Etat et une mobilisation unitaire (SUNDEP-Solidaires, CGT Enseignement privé, Solidaires Etudiant-e-s, Sauvons l’université, GISTI, LDH, MRAP, Maison des Potes) avait réussi à faire casser cette décision en novembre 2013.

Il s’inscrit donc au concours du CAPES privé (CAFEP) et est reçu en juin 2014 (tout en faisant un mi-temps d’enseignement et validant son 2e M2 « Enseignement »...). Il apprend alors qu’il doit passer devant une commission diocésaine pour obtenir le « préaccord de l’enseignement catholique ». Cette commission, sans réelle justification, le refuse. Peut être qu’il allait enseigner des maths « pas très catholiques » ! Alors que les profs du privé doivent appliquer le même programme que dans le public, ils sont agents de la fonction publique et soumis aux mêmes obligations que le public... Rien n’est écrit par le diocèse mais serait-ce la couleur, le nom de Mohamed qui n’ont pas plut au diocèse ? Il suffit de voir année après année la consonance des noms refusés pour le « préaccord diocésain » pour comprendre qu’il y a un racisme de fait, structurel. Mohamed ne peut être affecté dans aucun établissement catholique (96 % des établissements privés sous-contrat). Son dossier remonte en juillet 2014 à la CNA (commission nationale d’affectation), où la CGT le défend et il est finalement affecté dans un établissement privé non-confessionnel du Val de Marne.

A la rentrée 2014, comme il fait partie des reçus au nouveau concours, il doit faire un mi-temps d’enseignement, mais aussi suivre une formation obligatoire à mi temps (pour valider un nouveau M2 alors qu’il en a déjà 2 ! Autre illustration du « n’importe quoi n’importe comment » de la mise en place de la réforme de la formation des enseignants...). Comme enseignant du privé, il est orienté vers Formiris (une structure de la FNOGEC, fédération nationale des organismes de gestion de l’enseignement catholique, qui touche près de 100 millions d’€ de subventions du ministère de l’éducation nationale pour la formation initiale et continue des profs du privé). Mais là, on lui répond qu’il n’est pas possible de l’inscrire à l’ICP (institut catholique de Paris, fac privé associée à l’université publique de la Sorbonne) car il a été refusé au préaccord catholique. Soutenu par le SUNDEP-Solidaires et la CGT Enseignement privé, il fait une demande pour être inscrit à l’ESPE de Créteil pour valider sa formation obligatoire. Nouveau refus. Le rectorat de Créteil répond qu’un décret ministériel interdit aux enseignants du privé sous-contrat d’être inscrit à l’ESPE. L’Etat a passé une convention avec Formiris et l’enseignement catholique, qui a le monopole de la formation des profs du privé, même pour ceux qui viennent des 4 % d’établissements juifs, protestants, non confessionnels, arméniens, musulmans (2 établissements sous-contrat sur 9000 en France !). Situation ubuesque : Mohamed, stagiaire, doit suivre une formation obligatoire pour être titularisé mais Formiris (les cathos) n’en veut pas, ni l’ESPE et la rectrice de Créteil !

La CGT enseignement privé a alors déposé un recours au conseil d’Etat pour dénoncer ce monopole de Formiris (organisme privé qui forme des personnels agents de la fonction publique). Il faut rappeler que même si la formation des profs du privé a toujours été un peu différente, du temps de l’IUFM, les reçus au CAFEP suivaient la moitié de leurs cours à l’IUFM public. Le Conseil d’Etat a refusé de juger en « urgence » et la procédure va mettre des mois à être tranchée. Aujourd’hui, de fait, les profs du privé (même pour les établissements non-confessionnels) n’ont pas le droit d’aller à l’ESPE public. L’Etat accepte donc bien de sous traiter la formation de ses agents publics à des structures confessionnelles, qui revendiquent un enseignement « catholique », avec la bénédiction du ministère de l’éducation nationale... Pour Mohamed, , il a du finalement s’inscrire pour préparer son 3e M2 à l’ISFEC (institut supérieur de formation de l’enseignement catholique) afin d’être titularisé, Formiris acceptant de l’intégrer après de multiples échanges de courrier et démarches. Il était difficile pour la formation catholique de le refuser alors qu’ils touchent justement de l’argent public pour valider son année de stage.

Et dans 1 mois, il doit postuler pour trouver un poste définitif, comme titulaire. Cela ne sera jamais écrit, dit officiellement, mais il y a fort à parier que les établissements catholiques refusent d’affecter Mohamed. Une fois de plus les syndicats devront monter au créneau, défendre son dossier au ministère pour obliger le ministère à l’affecter. Et après on entend parler de laïcité, de respect des différences, de tolérance, de justice. Tout ça n’est que du pipeau quand on voit le dossier de mon collègue qui n’a ni la « bonne » nationalité, ni le « bon » nom, ni la « bonne » religion, ni la « bonne » couleur... Et quand on voit comment certains collègues l’ont accueilli en salle des profs, on comprend qu’avec un FN à 30%, une partie des collègues votent raciste et l’affichent de plus en plus ouvertement...

On lâchera pas l’affaire ! On s’assurera qu’il soit bien titularisé. Et il y a des centaines de cas comme Mohamed. Au CAFEP, il y avait 900 candidats « extra-communautaires ».


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