Résister à l’arbitraire d’un chef d’établissement privé : l’exemple du collège Pascal à Roubaix.

samedi 2 août 2014

Pendant un mois l’équipe des personnels enseignants-es et de droit privé du collège Pascal à Roubaix a mené une lutte exemplaire pour se défaire de leur chef d’établissement.
En moins d’un an ce directeur a montré un visage tel que les collègues ne pensaient plus qu’il puisse rester.
En un mois de temps ils ont obtenu son départ.

 I - Résumé des faits.

Au collège privé Pascal à Roubaix est nommé à la rentrée 2013 un nouveau et « jeune » directeur.
Il prend la suite d’un directeur parti à la retraite et apprécié des collègues.
Tout au long de l’année l’ambiance de travail s’est progressivement dégradée.

Voici quelques faits rapportés par les collègues au cours de nombreuses réunions.

. Les responsables niveaux vont être progressivement amenés-es à suivre les décisions du chef d’établissement sans réels débats : « Tu peux démissionner si tu n’es pas d’accord ».
. Un enseignant vient voir le directeur avec un élève qui a commis un acte méritant une sanction. Devant le collègue le directeur soutien l’enseignant, un fois celui-ci sorti, le directeur lève la sanction ...
. Les faits vont se multiplier jusqu’au mois de mai où un responsable de niveau pour des faits dont il n’a toujours pas à ce jour connaissance.
. Un collègue va subir des pressions pour qu’il témoigne contre un autre collègue.
. Une maman d’élève rapporte aux collègues que le directeur a fait témoigner son enfant contre un enseignant ... et elle ne connait même pas le contenu du témoignage.

 II - Les étapes de la lutte.

Mi mai, une intersyndicale SNEC CFTC et SUNDEP Solidaires se met en place. Une première rencontre de l’intersyndicale avec la directrice diocésaine de Lille reste sans effet.
A la demande de personnels le syndicat dépose auprès du rectorat un préavis de grève « reconductible » pour le vendredi 6 juin.
Ce jour plus de la moitié des membres de « l’équipe éducative » est dans la rue avec affiches et tracts.
Stupeur de la direction qui fait semblant de découvrir la grève.
Les directeurs des établissements de Roubaix vont immédiatement venir soutenir le directeur. La directrice diocésaine viendra aussi mais refusera de parler aux collègues.
La grève est aussi reconduite le samedi matin.
La stratégie mise en place par la direction pour reprendre la main est la suivante : organiser une assemblée générale du personnel en présence de la directrice diocésaine.
Comme à l’accoutumé la responsable de l’enseignement privé veut faire parler les personnels là où la parole n’est pas possible.

Le personnel et l’intersyndicale vont très soigneusement préparer la réunion - 6h de débats -. pour ne pas « donner la main » à la direction : les déléguées syndicales vont lire l’ensemble des griefs et revendiquer à nouveau le départ du directeur.
L’ensemble du personnel reste debout pendant la lecture afin de montrer détermination et refuser à la direction diocésaine l’animation de la journée.

La responsable diocésaine refuse bien entendu d’envisager le départ du directeur.

Le soir même nouvelle réunion de l’intersyndicale et du personnel : une rencontre de la directrice diocésaine le lendemain avec rassemblement devant la DDEC(*). En effet comme le mercredi le collège est sans élève cette manifestation s’impose pour maintenir la mobilisation.

Nous serons reçus sur le trottoir par un adjoint de la directrice diocésaine ... Néanmoins l’impact dans la presse sera toujours positif.

La directrice diocésaine propose alors une médiation. Toujours la question qui prend l’initiative. Néanmoins une ouverture est faite dans le courrier, la direction diocésaine envisage le fait que le personnel puisse refuser cette médiation.

Le médiateur retenu par la DDEC reçoit le personnel mais par petit groupe ...
L’intersyndicale lui fait savoir qu’elle refuse toujours toute médiation avant le départ du directeur.

Le « médiateur » prend très mal le refus ...

L’intersyndicale et le personnel prépare de nouvelles actions ... quand le bureau du directeur est vidé , ce dernier est appelé à d’autre responsabilités.

C’est donc une victoire pour les collègues même si le directeur laisse une somme de situations non réglées et une équipe qu’il a quelque peu fracturée.

 III - Bilan et analyse

1. L’action a toujours été élaborée et conduite par une majorité des collègues - enseignants-es et personnels de droit privé -. A aucun moment les collègues n’ont été écartés des décisions.
2. Le personnel a pris du temps - beaucoup - pour exposer ses problèmes, découvrir l’ensemble des agissement du directeur, analyser la situation et décider des actions.
3. Le chef d’établissement n’a pas réussi à fracturer l’équipe ... seule une minorité a fait allégeance.
4. L’intersyndicale a été très positive pour l’action. Les cultures syndicales du SNEC et du SUNDEP ont joué au bénéfice des collègues. Le fait que les responsables académiques ne connaissent, se respectent et se parlent, a évité que les forces centrifuges gagnent.
5. Le rôle de la presse a été un atout majeur. les responsables de l’enseignement privé ont horreur que la presse ait à connaître un conflit dans l’un de « ses » établissements. Dans trop d’établissements les collègues n’osent pas recourir à la presse ...
6. L’incroyable corporatisme des chefs d’établissements : le soutien a été total et sans faille. Lutte de classe ? Lutte d’une caste sûrement ...

 IV - Ce que la lutte du collège Pascal à Roubaix révèle.

Les combats anti-hiérarchiques ne sont plus dans la culture des collègues. Pourtant, tant de collègues nous appellent parce qu’ils-elles ne peuvent plus exercer sans problèmes avec leur direction.

 1. Analysons la nouvelle génération de chefs d’établissements.

  1. - Les textes publics laissent de plus en plus d’« autonomie » au chefs d’établissements.
    Dans l’enseignement public, les principaux-les et proviseurs-es sont recrutés-es pour suivre les directives de l’administration sans douter. L’autonomie sert à décliner l’austérité budgétaire et à organiser la concurrence entre établissement.
  2. - A cette autonomie des établissements qui fait que l’administration publique adopte le « laisser faire » vis à vis des établissements privés sous contrat s’ajoute les « audaces » de l’enseignement privé qui font que le discours des directeurs est « je fais ce que je veux ».
  3. Les objectifs fixés par l’institution ne sont pas écrits mais ils existent réellement : trop souvent les directeurs arrivent avec un plan à appliquer ... pour « bien faire ».
  4. Certains-es chefs d’établissements semblent plus intéressés-es par la carrière - le montant des rémunérations n’est pas en baisse - voici pourquoi ils-elles gèrent les établissements comme une entreprise avec volonté "d’esprit d’entreprise -.

 2. Les remontés des établissements.

Il serait fastidieux de reprendre ici toutes les différentes remontées des établissements.
La concertation reste trop rare : le comité d’entreprise ne joue presque jamais son rôle : pourquoi les chefs d’établissements du public discutent-ils sans problème du TRM - tableau de répartition des moyens (horaires) - en conseil d’administration, pourquoi est-il si rarement donnée au CE - pourtant obligatoire -, les projets d’établissement -hors le projet catho - sont les projets des directions ... son élaboration par l’équipe éducative relève de l’exception.

Le deuxième gros problème des établissements est la confrontation entre la gestion de la clientèle et le projet éducatif : la définition simple de procédures sur ce qui se passe en cas d’incivilités, de dégradation, ou d’agression reste trop souvent incomplète ou soumise au bon vouloir du chef d’établissement.

 Pour conclure :

Il est aujourd’hui possible de résister à l’arbitraire de certain chef d’établissement.
Ces situations qui sont difficiles pour des collègues qui veulent simplement travailler sereinement. La réaction très vive des chefs d’établissements privés au tract du Sundep Solidaires de Lille - cf l’article du site de Lille - montrent qu’ils ont une conscience diffuse du problème.
L’arrivé du décret « Peillon » sur la réforme des obligations de service avec l’introduction de l’obligation du suivi des élèves et de leur orientation par les enseignants-es avec un contrôle par les directeurs-trices du privé va générer bien des conflits.

Nous reviendrons sur cet aspect dans un prochain article.


http://www.sundep-lille.org

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